Laissons les Saintes Maries aux Saintes

Publié 26/07/2013 19:26:00 - Patrimoine et culture

Le 28 mai dernier, le journal La Provence publiait un article relatant le « pèlerinage des Trémaïe dans le sillage des Trois Maries » qui  s’est déroulé dans le village des Baux-de-Provence.  A cette occasion, l’auteur de l’article propose une bien étrange version de l’arrivée des Saintes Maries et des apôtres en terre provençale. Ainsi,  « selon la légende et la tradition orale, les Trois Maries dont Marie-Madeleine poussées par une gigantesque vague n’auraient pas eu le temps de débarquer en Camargue et seraient arrivées au pied de la citadelle. Là où se trouve, actuellement, la Chapelle qui leur est consacrée ». Même si, par définition, les légendes n’ont pas vocation à relater ce type d’évènements avec une rigueur journalistique, force est de reconnaître que la thèse du tsunami providentiel poussant la barque jusqu’aux Baux est passablement farfelue.

En effet, si l’on se réfère aux ouvrages du chanoine Lamoureux « Les Saintes Maries de Provence » et du chanoine Augustin Mazel « Notes sur la Camargue et les Saintes Maries de la Mer », il apparaît que de très nombreuses chapelles et autels ont été dédiés aux Saintes Maries dans la France entière. Tous ces symboles témoignent d’une forme de reconnaissance pour l’avènement de la chrétienté par l’évangélisation contre le paganisme avec les bienfaits et les miracles qui en résultaient. La Chapelle des Trémaïe aux baux de Provence, dont la construction, aux dires de son conservateur, daterait du 19ème siècle, s’inscrit vraisemblablement dans cette tradition et ne saurait, en aucune façon, constituer un quelconque témoignage, au demeurant bien tardif, du débarquement des Saintes Maries et des apôtres en ce lieu improbable. La Chapelle des Saintes, quant à elle, fut construite entre les 9ème et 12ème siècles selon la volonté de Guillaume 1er fils de Boson II, Comte de Provence.  C’est dans la crypte de cette église que furent retrouvés les ossements des Saintes Maries à la suite de fouilles ordonnées par le Roi René d’Anjou en 1448. Nous sommes bien loin de la Chapelle des Trémaïe. 



La Chapelle des Trémaïe.

Du reste, dans son ouvrage de référence « Les villes mortes du Golfe de Lyon », l’éminent historien Charles Lenthérie démontre, cartes à l’appui, que la mer Méditerranée n’a jamais atteint Les Baux. Ce que l’on appelait autrefois « mer » n’était, en fait, que de grandes étendues d’eau reliées entre elles par des canaux à très faible tirant d’eau. Charles Lenthérie aborde également cette légende mais dans une approche totalement différente et bien plus plausible. Ainsi, la légende serait due à certains personnages de la famille de Béthanie ayant accompagné Marius dans sa campagne de la Gaule. Celui-ci aurait séjourné sur un plateau des Alpilles, à proximité du village des Baux, accompagné de sa femme Julie et d’une certaine Marthe, qui était une prophétesse syrienne. Cette dernière pourrait être à l’origine d’une confusion avec la Marthe de l’évangile entrainant, par là même, des conjectures hasardeuses sur la légende des Baux et des Saintes Maries. 



Le bas-relief des Trémaïe.


En réalité, c’est à partir d’un bas-relief, qui a reçu le nom provençal de Tremaïe, qui signifie « Trois Maries », au 17ème siècle que les habitants des Baux, qui voyaient dans ce monument trois femmes représentant les Saintes Maries (Marie-Madeleine, Marie Salomé et Marie Jacobé), ont créé la légende des Baux. En fait, cette interprétation est fausse car les personnages sculptés sont un homme et deux femmes. Pour preuve irréfutable, une épitaphe a été formellement identifiée en dessous du bas-relief, indiquant avec une certitude absolue qu'il s'agit d'un relief votif gallo-romain. L'archéologue Isidore Gilles, dans des ouvrages intitulés  « Campagne de Marius dans la Gaule et Marius, Marthe, Julie devant la légende des saintes Maries  (1870) »  voyait dans les figures du bas-relief les statues du consul Marius, sa femme Julie et la prophétesse Marthe.
Pour conclure, méditons cette pensée de Charles Lenthérie à propos de la terre des Saintes Maries : « j’estime que la terre qui la première a recueilli de pareils hôtes est, malgré sa misère et son abandon, la plus noble et la plus digne de respect de notre territoire ».

Alors, de grâce, laissons les Saintes Maries aux Saintes.   


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