Laisse beton

Publié 22/01/2012 12:15:00 - Patrimoine et culture



Le 13 janvier dernier, la mairie des Saintes Maries de la mer a fait apposer un permis de démolir sur le mur de la cabane de gardian du Pont du Mort.

Depuis plus de 60 ans, la Croix de Camargue et la magnifique cabane de gardian du Pont du Mort se complètent pour composer un merveilleux décor empreint d’une grande authenticité. Construite en 1951, dans le respect des règles de l’art par l’artisan cabanier saintois Maurice Verollet, cette cabane représente un savoir-faire et un art de vivre qui font partie intégrante de notre patrimoine, de notre culture et de notre mémoire collective que nous avons l’impérieux devoir de préserver.

L’esplanade de l’étang des Launes.  

En réponse à l’un de ses conseillers municipaux qui lui demandait si « l’esplanade de l’étang des Launes était incluse dans la 4ème tranche de la promenade du bord de mer », le maire a dénié le terme d’esplanade en précisant qu’il s’agissait de « réaliser un espace culturel pour mettre en valeur la Croix de Camargue et le Pont du Mort » (1). Voilà une précaution oratoire dont l’inconsistance en dit long sur les intentions réelles de la municipalité. En première étape, le projet conditionnel porte sur la réalisation d’une promenade en béton désactivé décoré, en son centre, par une rose des vents ! Ce projet, vide de tout sens culturel ou mémoriel, est d’autant plus ubuesque que la future promenade va jouxter le passage existant qui emprunte une voie communale pour accéder au Pont du Mort et au site de la Croix de Camargue dans un décor empreint d’une superbe authenticité paysagère et patrimoniale. La solution consistant à réhabiliter le passage existant étant probablement trop simple et pas assez coûteuse, les urbanistes municipaux, dont la culture s’inscrit davantage dans le béton que dans la sagne, ont décidé d’en construire un nouveau  en rasant, au passage, la magnifique cabane de gardian du Pont du Mort.



A la vue de ce plan, affiché en mairie, on mesure bien le caratère inutile de l'aménagement projeté.


Passage en force. 

Ce projet est d’autant plus aberrant qu’il déroge aux prescriptions du POS visant à protéger les « cabanes du Front de Mer ». En effet, le POS stipule notamment que « la zone UPM qui recouvre l’ensemble des cabanes de gardian longeant l’Avenue Riquette Aubanel doit être entièrement préservée ». A ce titre, le secteur concerné fait l’objet d’un plan détaillé qui inclut la parcelle cadastrée 43 sur laquelle est construite la cabane que la commune veut détruire. Enfin, alors que l’habitation visée,  à notre connaissance, n’est toujours pas propriété de la commune, les autorités municipales ont prévenu la locataire qui occupe les lieux, en toute légalité, depuis 32 ans, qu’elle serait expulsée dès la fin de la trêve hivernale. 





Une promenade qui coûte cher.  

Outre son inutilité et l’absurdité urbanistique et sociale qui le caractérisent, ce projet représente une véritable gabegie financière. En effet, alors qu’il existe aujourd’hui une solution gratuite et satisfaisante, la réalisation d’une promenade bétonnée, qui implique le rachat de la cabane, sa démolition plus le béton et la rose des vents, devrait engendrer une dépense de l’ordre de 150000 euros payée par les contribuables saintois.   A ce propos, les explications livrées par le maire lors de la réunion du Conseil Municipal du 21 juillet 2011 apporte un éclairage particulier sur les motivations municipales. Ainsi, le premier magistrat saintois rappelle que, depuis 1995, la commune a consacré 357 millions d’euros à l’aménagement du village. Autrement dit, la qualité de la gestion municipale serait directement proportionnelle au montant de l’argent public dépensé.   Dans une telle approche, la promenade inutile à 150000 euros prend tout son sens. Voilà qui n’est pas de nature à rassurer les contribuables saintois, dont l’immuable taux d’imposition se situe en 6ème position sur les 129 communes des Bouches du Rhône. Encore un petit effort et nous serons les premiers !  

(1) : Compte rendu de la séance du Conseil Municipal du 21 juillet 2011, page 30 du bulletin municipal de décembre 2011.


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 19/02/2012 14:50:50         Commentaire 1 par : nandadevi

J'espère que l'architecte ou l'urbaniste du projet n'a pas fait d'études supérieures : il serait une honte pour son école !

Mais, n'y aurait-il pas une volonté manifeste de la commune de récupérer ce terrain pour un autre projet futur plus juteux encore qu'un chemin de promenade ?

Enfin c'est un peu ce que je ressens en ayant lu et vu un peu tout sur ce projet qui à mon avis n'est ni intéressant, ni dans l'esprit actuel de la conservation du patrimoine

C'est un projet très méprisant vis à vis des administrés mais aussi des visiteurs et touristes à qui on supprime le plaisir de l'authentique remplacer par une rose des vents telle qu'on en trouve même sur les aires d'autoroute !

Dans un projet comme celui je crois que j'aurais très vite choisi entre me balader pour aller voir une rose des vents et voir une authentique maison de gardian




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