Les chevaux de Mistral

Publié 27/04/2011 15:41:00 - Patrimoine et culture

Cènt ego blanco

Dans le quatrième chant du magnifique poème Mirèio (Mireille), Frédéric Mistral exalte la fougue et l’insoumission des chevaux de Camargue. C’est Frédéric Mistral lui-même qui a réalisé la traduction en français de cet ardent poème.




Cènt ego blanco ! La creniero,
Coume la sagno di sagniero,
Oundejanto, fougouso, e franco dóu cisèu :
Dins sis ardèntis abrivado,
Quand pièi partien, descaussanado,
Coume la cherpo d'uno fado
En dessus de si cou floutavo dins lou cèu.

Vergougno à tu, raço oumenenco !
Li cavaloto camarguenco,
Au pougnènt esperoun que i'estrasso lou flanc,
Coume à la man que li caresso,
Li yeguèron jamai soumesso.
Encabestrado pèr treitesso,
N'ai vist despatria liuen dóu pàti salan ;

E 'n jour, d'un bound rabin e proumte,
Embardassa quau que li mounte,
D'un galop avala vint lègo de palun,
La narro au vènt ! e revengudo
Au Vacarès, que soun nascudo,
Après dès an d'esclavitudo,
Respira de la mar lou libre salabrun.

Qu'aquelo meno souvagino,
Soun elemen es la marino :
Dóu càrri de Netune escapado segur,
Es encarotencho d'escumo ;
E quand la mar boufo e s'embrumo,
Que di veissèu peton li gumo,
Li grignoun de Camargo endihon de bonur ;

E fan brusi coume uno chasso
Sa longo coque ié tirasso ;
E gravachon lou sòu ; e sènton dins sa car
Intra lou trent dóu diéu terrible
Qu'en un barrejadis ourrible
Mòu la tempèsto e l'endoulible,
E bourroulo de-founs li toumple de la mar.




Cent cavales blanches ! La crinière,
Comme la massette des marais,
Ondoyante, touffue, et franche du ciseau :
Dans leurs ardents élans,
Lorsqu’elles partaient ensuite, effrénées,
Comme l’écharpe d’une fée,
Au-dessus de leurs cous, elle flottait dans le ciel.

Honte à toi, race humaine !
Les cavales de Camargue,
Au poignant éperon qui leur déchire le flanc,
Comme à la main qui les caresse,
Jamais on ne les vit soumises.
Enchevêtrées par trahison,
J’en ai vu exiler loin des prairies salines ;

Et un jour, d’un bond revêche et prompt,
Jeter bas quiconque les monte,
D’un galop dévorer vingt lieues de marécages,
Flairant le vent ! et revenues
Au Vacarès, où elles naquirent,
Après dix ans d’esclavage,
Respirer l’émanation salée et libre de la mer.

Car de cette race sauvage,
La mer est l'élément :
Du char de Neptune échappée sans doute,
Elle est encore teinte d’écume ;
Et quand la mer souffle et s’assombrit,
Quand des vaisseaux rompent les câbles,
Les étalons de Camargue hennissent de bonheur ;

Et font claquer comme la ficelle d’un fouet
Leur longue queue traînante,
Et grattent le sol, et sentent dans leur chair
Entrer le trident du Dieu terrible
Qui, dans un horrible pêle-mêle,
Meut la tempête et le déluge,
Et bouleverse de fond en comble les abîmes de la mer.






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