1943 : la naissance de VOVO

Publié 26/04/2011 17:32:00 - Patrimoine et culture

Folklore municipal.


En apprenant, à la lecture  du bulletin municipal, que notre article  consacré à Vovo dans notre précédente lettre d’infos, était « truffé  d’erreurs », nous nous sommes enquis, auprès des experts municipaux, de la nature desdites erreurs afin de les rectifier et de rendre sa vérité au mythe de Vovo.


Vérification faite, il semblerait que la controverse municipale porterait sur l’année de naissance de Vovo que nous avons située en 1943 et non en 1944.


Toujours dans le bulletin municipal, monsieur De Murcia regrette que nous n’ayons pas sollicité ses services pour obtenir « les bonnes informations ». Nous en sommes désolés, mais il faut bien dire, à notre décharge, qu’après que le maire eut invité « toutes les jeunes filles à venir aux Saintes pour toucher  les testicules  de Vovo  car  il parait que cela porte bonheur » (1), après que la sculpture du célèbre taureau fut bizarrement lubrifiée  avec de la graisse noire et après que le document officiel, publié par la mairie, fit naître Vovo le jour de Noël, nous avons estimé qu’il était préférable d’en appeler à nos propres afeciouna pour raconter la véritable histoire de ce cocardier de légende.

 

Coup de barrière de VOVO sur Fidani. (photo de presse).


Le récit d’Aubanel.


Bien évidemment il n’existe aucun témoin visuel de la naissance de Vovo car sa mère Gyptis a mis bas, un jour d’automne, dans la solitude des enganes du Clamadou.

Aussi,  la thèse folklorique  reprise dans la version municipale est d'autant plus sujette à caution qu'elle se veut précise au point d'affirmer que la naissance eut lieu le jour de Noël. En fait, cette version trouve probablement son origine dans un opuscule intitulé « 1896–1996 :  Centenari de la manado Santenco Baroncelli – Aubanel », qui fut publié à l’occasion du centenaire de la manade. Ce document, reprenant un témoignage   d’Aubanel, retrace la naissance de Vovo dans les termes suivants :  « Gyptis s’était échappée de Beauvoisin, était descendue jusqu’à Gallician, et avait gagné le Grand Radeau. Le jour de Nöel 1944, la vache met bas : ce petit veau, né loin de la manade sera le Grand Vovo ».


Comme il est dit dans ce témoignage, le petit veau est né loin de la manade, et donc loin du regard des Aubanel qui récupérèrent Vovo et sa mère Gyptis un an et demi après la naissance. Par ailleurs, Aubanel situe la rencontre entre Gyptis et l’étalon Provence au Grand Radeau alors qu’en réalité celle-ci eu lieu au Clamadou, la manade Raynaud n’étant arrivée au Grand Radeau qu’en 1945.


Le récit des frères Raynaud.


A l’occasion de la commémoration du centenaire de la manade Raynaud en 2004, un document exposé retraçait la naissance de Vovo dans les termes suivants : « RECIT VECU, RACONTE PAR MARCEL RAYNAUD SUR LA NAISSANCE DE VOVO . La manade Raynaud était au  Clamadou  en hiver 1942–1943. La vache Gyptis s’étant échappée à la bandido de Beauvoisin, fin été 1942, arrive dans les marais de Capette. Un matin, Marcel Raynaud gardait les bêtes dans la baisse d’Albert (au Clamadou), il voit une vache qui arrive de Sylvéréal, c’était Gyptis. Sitôt arrivée dans la manade, elle fut saillie par le taureau Provence. Vovo naquit en novembre 1943. (Les veaux nés en fin d’année font partie de l’année suivante d’où 1944) Elle restera toute l’année 1943 chez les Raynaud et ceux-ci ont rendu la vache et son veau à Monsieur Aubanel en août 1944 au Cailar ... »


Document présenté lors de l'exposition consacrée au centenaire de la manade Raynaud en 2004.


Bien que le témoignage de Marcel Raynaud soit suffisamment précis et crédible, notamment pour le distingo entre la naissance biologique et la naissance "administrative" de Vovo, nous avons néanmoins cherché a l’étayer en le contextualisant.


Cette histoire se déroule durant la seconde guerre mondiale entre 1942 et 1944. Au lendemain de la défaite de la France, la course libre venait d’être interdite et ce n’est qu’à la suite d’une requête formulée par le Marquis de Baroncelli auprès des autorités françaises de l’époque qu’elles purent reprendre l’année suivante (2). Durant toutes ces années de guerre, l’activité de la  bouvine tourne au ralenti et les manadiers, victimes des restrictions et des braconniers, survivent comme ils peuvent. Il faudra attendre la libération pour assister à une véritable reprise des courses libres et de l’activité taurine.


La rencontre.


Si le millésime de naissance de Vovo peut être sujet à débat, en revanche, les faits liés à la fugue de Gyptis et à sa rencontre avec Provence sont, quant à eux, établis avec exactitude tant pour ce qui concerne les lieux que la saisonnalité. Ainsi,  l’histoire débuta à Beauvoisin, pendant une bandido, en fin d’été, la rencontre des deux animaux eut lieu au Clamadou au milieu de l’hiver suivant et Vovo naquit à l’automne.


Le Clamadou (3).


En 1943, Marcel et Jean Raynaud étaient âgés respectivement de 15 et 13 ans. Ils étaient déjà gardians à temps plein et passaient l’hiver à la cabane du Clamadou où les conditions de vie étaient particulièrement difficiles.


Par ailleurs, Gyptis n’appartenait pas à la manade Raynaud et l’étalon Provence, qui n’avait effectué que deux courses d’emboulés, était considéré comme un taureau très ordinaire. Du reste, à la libération, le malheureux Provence fit partie du lot des bêtes qui furent désignées pour être abattues à la demande du Comité de la Libération d’Aigues-Mortes pour fournir de la viande aux populations qui manquaient cruellement de nourriture. Bien sûr, en 1945, nul ne pouvait imaginer la future carrière de Vovo, sans quoi son géniteur eût probablement été épargné.


 Autant dire que dans un tel contexte, l’aventure de Gyptis avec Provence et la naissance de leur veau n’étaient pas une préoccupation majeure pour les deux jeunes gardians. Ceci peut éventuellement expliquer un certain flou sur les dates dans les différents récits qui relatent cet évènement.

 

Le Bois des Rièges.


La manade Baroncelli louait un territoire appartenant à la Compagnie des Salins, qui comprenait notamment le Bois des Rièges.


Après  l’invasion de la zone sud par les troupes allemandes en novembre 1942, la situation de la manade des Saintes-Maries devint critique à la suite de la réquisition totale du domaine du Marquis par les forces d’occupation. A la demande expresse d’Aubanel, la direction de Péchiney accepta alors de poursuivre la location du Bois des Rièges à la manade Baroncelli – Aubanel (4).


Le mas du Simbèu en 1930 (carte postale Aprin).


Sous l’effet de l’occupation allemande, qui s’intensifia en 1943, la situation de la manade Raynaud devint à son tour préoccupante. C’est alors qu’Aubanel proposa de l’accueillir au Bois des Rièges. Ce séjour est évoqué dans le livre « La Dynastie des Raynaud 1904–2004 » à la page 43 : « A cette époque on n’hésitait pas à mélanger carrément les manades. La dernière fois que nous l’avons fait, c’était en 1943–1944 pendant la dernière guerre. C’était l’occupation et  Aubanel, le gendre du Marquis, nous a pris sur le Bois des Rièges aux Saintes-Maries parce qu’on ne savait plus où aller.Tout était occupé, miné. On était pratiquement sur la route avec les taureaux [...] Voilà où nous avons passé, nous Marcel et Jean, peut-être le plus bel hiver de notre vie avec Bonnafous, à garder sur le Bois des Rièges ».


Dans le même ouvrage, à la page 91, le séjour de la manade Raynaud au Bois des Rièges est daté en 1942–1943. Toutefois, cette version est certainement erronée car le narrateur dit :  « nous étions sous l’occupation […] en octobre 1942 ». Or, l'occupation de la zone sud a commencé le mois suivant et les troupes allemandes ne sont arrivées aux Saintes-Maries-de-la-Mer que le 16 novembre 1942.

 

Le Marquis de Baroncelli fut contraint de quitter le mas du Simbèu à la mi-février 1943 et se réfugia dans une maison du village avant de regagner Avignon où il mourut le 15 décembre de la même année. Le mas du Simbèu fut détruit par les allemands en 1944.


Tous ces faits confortent la thèse selon laquelle c’est bien à l’automne 1943 que la manade Raynaud a rejoint la manade Aubanel au bois des Rièges pour y passer l’hiver. Comment Gyptis aurait-elle pu  rencontrer Provence en janvier ou février 1944  au Clamadou puisque l’étalon des Raynaud se trouvait  au Bois des Rièges à ce moment là. Ainsi, l’idylle taurine aurait bien eu lieu en janvier ou février 1943 et Vovo serait né   9 mois plus tard, soit en octobre ou novembre de la même année.

 

Les débuts de Vovo.


Les frères Raynaud relatent ainsi la première sortie de Vovo (3), « La vie publique de Vovo a commencé par une abrivado alors qu’il était doublen et nous y avons participé. On donnait un coup de main au père Aubanel à l’occasion de la fête des Saintes [...] Aubanel voulait mener ce jour là ce fils de Gyptis pour voir son comportement en piste. Nous sommes en 1946, il a bien deux ans. on était parti du sauvage à cheval, pour aller chez Aubanel faire la ferrade du 26 mai pour la journée Baroncellienne ». A la lumière de ce récit vécu, Vovo aurait fait sa première apparition publique en mai 1946 alors qu’il était  doublen et qu’il avait   « bien deux ans » ce qui doit être compris comme « il avait plus de deux ans ».


Or, si Vovo était né le 25 décembre 1944, en mai 1946 il n’aurait été qu’un anouble âgé de moins d’un an et demi, ce qui parait bien jeune pour lui faire effectuer un premier test en piste. Au cours de l’année 1946, les afeciouna purent voir Vovo à l’œuvre à plusieurs reprises (5). En août, De Montaud Manse avait besoin d’un doublen pour compléter une course qu’il devait donner à Saint Laurent d’Aigouze et Henri Aubanel lui prêta Vovo. Quinze jours plus tard, il se trouvait incorporé avec des pensionnaires de Raynaud à Saint-Geniès-des-Mourgues. Ses premières colères, qu’il assouvit contre les planches, déchaînèrent l’enthousiasme du public.

 

Le 20 septembre 1946, il était à Mouriès et  c’est le raseteur Simian qui inaugura l’impressionnante série de « roustes » monumentales qu’il a distribué tout au long de sa carrière de cocardier. 


Même si Vovo était un surdoué de la course libre, il est peu probable qu’un anouble  né le jour de Noël 1944 ait pu réaliser autant de sorties spectaculaires et probantes durant le printemps et l’été 1946.


La part du mystère.


Les différents témoignages que nous venons d’évoquer, en les replaçant dans le contexte de l’époque, confortent indéniablement l’hypothèse selon laquelle Vovo serait né à l’automne 1943 et non le jour de Noël 1944. Quoi qu’il en soit, la naissance singulière de Vovo gardera à jamais sa part de mystère, ce qui ne fait qu’ajouter au mythe de ce taureau d’exception.


La sculpture de VOVO aux Saintes Maries de la Mer.


La "bandido" de Beauvoisin.


A la suite de l’article que nous avons consacré à la naissance de Vovo dans notre précédent bulletin, monsieur Jacky TOURREAU, qui est originaire de Beauvoisin, nous a communiqué un élément supplémentaire qui permet de dater précisément la rencontre entre la vache Gyptis d’Aubanel et l’étalon Provence de Raynaud. Il ressort en effet de la lecture de documents issus de « La Remêmbranço » (Société pour l’Histoire et la Maintenance du patrimoine de BEAUVOISIN », que les festivités du village furent interrompues durant l’occupation allemande entre l’automne 1942 et la fin de l’été 1944. De fait, la « bandido » qui vit Gyptis prendre la clé des champs n’a pu avoir lieu qu’à la fin de l’été 1942 et non en 1943.

Nous remercions Monsieur Tourreau pour son aimable contribution.


(1) : interview de Roland Chassain sur Télé Miroir.

 

(2) : Fonds Baroncelli Palais du Roure (Avignon).


(3) : Bernard Dumarcher : La Dynastie des Raynaud 1904-2004


(4) : « Sel et Bouvino à Salin de Giraud », article de M. Audema

       publié dans le n° 111 du Bulletin des Amis du vieil Arles

       de juillet 2001.


(5) : Source G. Hugues repris sur ffcc.com.

 

 


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