Erosion marine en Camargue

Publié 21/05/2009 15:22:00 - cadre de vie

(Article mis à jour le 21 mars 2011)

 

Du mythe de Moïse à l'Arche de Noë.


Une mission interministérielle.

Le 22 avril 2009, Chantal Jouanno et Hubert Falco, à l’époque respectivement secrétaires d’Etat à l’écologie et à l’aménagement du territoire, avaient confié au maire des Saintes Maries de la Mer une mission portant sur la gestion du trait de côte camarguais.


Remis avec près d’un an de retard, le rapport de la mission, qui compile en un seul document une grande partie des études et des synthèses déjà produites sur le sujet, n’apporte rien de vraiment nouveau en matière de préconisation. Etrangement, Roland Chassain fustige les « études multiples et sans cohérence qui remplissent les placards » alors que son exposé n’est qu’une suite de copier/coller desdites études scientifiques dont les références figurent dans l’imposante bibliographie du rapport.




Observatoire et plan littoral.

La mission recommande la création rapide d’un observatoire du littoral du Golfe du Lion, reconnaissant, de fait, ce qui à priori était une évidence à savoir : le périmètre de l’étude, limité à la Camargue, était bien trop étriqué pour être pertinent. Rappelons au passage qu’en 2009, le Président de la région PACA et le maire d’Arles avaient proposé au ministre de l’environnement l’élaboration d’un « Plan Littoral » sur le modèle du « Plan Rhône ». Cette dernière approche nous parait plus intéressante dans la mesure où elle intervient sur un périmètre élargi en incluant tout à la fois l’observation, la compréhension, l’action, la coordination et le financement des opérations.


Les conclusions de la mission, confiée au maire des Saintes par Chantal Jouanno, n’ont reçu à ce jour aucun écho, si ce n’est un certain scepticisme exprimé par des scientifiques spécialisés sur la question, notamment Mireille Provansal (Cerege) et François Sabatier (Université de Provence).


Au final, cette mission n’aura pas permis de dissiper la légitime inquiétude des habitants concernés, pas plus qu’elle ne calmera les fantasmes médiatiques sur la destinée marine de la Camargue.




Le mythe de Moïse.

Moins « pessimiste que certains écologistes intégristes relayés par une presse à sensation », Roland Chassain, en observateur avisé, affirme dans son rapport que « depuis la création des premières digues en 1860, les Saintois n’ont cessé de repousser la mer ». Pourtant, tout ici invite à l’humilité, sauf à vouloir se rassurer à bon compte, comme le fait le maire des Saintes dans son rapport, en regardant des vieilles cartes postales comme autant de preuves irréfutables et irréversibles de la victoire de l’homme sur la mer.

 

La communauté scientifique qui étudie ce problème, sans pour autant sombrer dans le catastrophisme, s’accorde pour classer le village des Saintes Maries de la Mer parmi les points les plus exposés au phénomène d’érosion du littoral camarguais. Selon François Sabatier : « Aux Saintes-Maries-de-la-Mer, si on n'avait pas placé des digues et des brise-lames, le village aurait disparu dans les années 1990-2000. Le trait de côte se situerait aujourd'hui à l'entrée du village, côté terre ».

 

Même si les causes du recul du trait de côte sont relativement bien cernées - élévation du niveau de la mer, fréquence et violence des tempêtes, épuisement du stock sédimentaire lié à la diminution de l’apport du Rhône - les politiques de prévention des risques littoraux, qui sont susceptibles d'être aggravés sous l’effet du changement climatique, appellent des solutions novatrices, rationnelles et durables.


L’Arche de Noë.

Il est indéniable que la notoriété de la Camargue et du village des Saintes Maries de la Mer excite l’imaginaire d’un certain nombre de commentateurs qui extrapolent les données scientifiques pour construire des scénarios catastrophes afin de mieux marquer les esprits.


Ainsi, il n’est pas rare de voir certains médias poser le problème de l’érosion marine en France dans des termes outranciers tels que : « les habitants des Saintes Maries de la Mer seront-ils les premiers réfugiés climatiques français ? ». La Camargue n’étant pas l’ïle de Bhola et la France ne pouvant être comparée au Bengladesh, l’hypothèse visant à présenter les saintois comme de futurs « réfugiés » dans leur propre pays confine à l’absurde.


Néanmoins, au-delà de l’approximation sémantique, les thèses répandues par les prophètes de l’apocalypse camarguaise, en illustration des conséquences du réchauffement climatique, ne sont pas sans effets sur l’économie locale et les bailleurs de fonds publics. Même si leur démonstration relève davantage de la pédagogie de comptoir que de l’analyse scientifique, l’image de la presqu’île saintoise commence à faire son chemin.

 

Autant dire qu’il est urgent d’établir un plan de communication crédible pour endiguer une houle médiatique qui pourrait bien faire plus de dégâts que l’érosion marine elle-même.




Des rochers, des euros et des doutes.

Aux Saintes Maries de la Mer, les méthodes de protection utilisées jusqu'ici privilégient les enrochements artificiels. Ainsi, certains secteurs, autrefois sableux, ont été transformés en « côte rocheuse ». Les techniques mises en oeuvre pour protéger le village reposent principalement sur la création d’épis et de brises-lames. Les premiers bloquent la dérive parallèle à la côte et les seconds diminuent l’effet de la houle sur leurs arrières en créant un trombolo (presqu’île).


Malheureusement, outre leur coût financier, ces techniques ont des effets pervers car, selon Mireille Provansal, en même temps qu’elles permettent de bloquer l’érosion, elles font obstacle au transport des sédiments entraînant l’érosion en aval de la dérive côtière. Par ailleurs, les pentes sous-marines qui se forment à la base des ouvrages en dur finissent par provoquer leur effondrement dans un délai qui peut varier de 10 à 15 ans.


Il ne faut donc pas s’attendre à des miracles pour protéger le village contre l’érosion marine.  L’efficacité de la politique de protection du littoral sera directement conditionnée par le niveau et la pérennité des financements publics qui lui seront allouée. Aussi, dans un contexte de crise économique où les finances publiques risquent d’être durablement exsangues, la sagesse appelle à rationaliser l’usage de l’espace côtier du village de manière à consacrer un maximum de moyens pour sauvegarder le patrimoine socio-économique existant.

 
Le SYMADREM : une mutualisation efficace.


 

Pour ce qui concerne plus spécifiquement notre commune, les actions entreprises depuis de nombreuses années à l’initiative des différentes collectivités territoriales avec l’appui de l’Etat ont permis de contenir partiellement le phénomène d’érosion. Ainsi, le SYMADREM (Syndicat Mixte d'Aménagement Des digues du Delta du Rhône et de la Mer), qui fut créé en 1998 par Michel Vauzelle Président de la région PACA, joue désormais un rôle déterminant, et reconnu par tous, pour la protection des personnes et des biens contre les crues du Rhône et les effets de l’érosion marine.


Pour preuve, voici ce que déclarait le maire des Saintes à l’occasion de l’inauguration des travaux de reprofilage de l’épi des arènes et du prolongement du grand épi Est : « Aujourd'hui le SYMADREM interrégional, grâce à son expertise technique exceptionnelle et à un personnel de grande qualité, est devenu l'acteur incontournable de la protection des personnes et des biens contre les crues du Rhône. C'est un exemple de démocratie participative et de gestion concertée ».

 

Comme quoi, sur les sujets cruciaux, il est tout à fait possible d’évacuer les querelles politiciennes au profit de l’efficacité. Cet exemple illustre parfaitement à quel point la coopération et la synergie entre les différentes collectivités territoriales, avec l’implication de l’Etat, sont des atouts indispensables pour traiter de manière globale et solidaire les différentes problématiques camarguaises dans toutes leurs complexités.


En 2009 deux ouvrages ont été réalisés : l’épi Est des Launes et le brise- lames du Poste de secours n°2 situé à l’Est du Village. Ce programme s’est poursuivi en 2010 avec l’épi des Launes, à l’Ouest du village, le brise-lames du Grand large et l’épi en T à l’Est. Enfin, la digue à la mer, édifiée au XIXème siècle pour protéger la Camargue contre les submersions marines, sera également reprofilée. Ce programme, dont le coût est de l’ordre de 10 Millions d'euros, est cofinancé par l’État (40 %), le Conseil Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur (30 %), le Conseil Général des Bouches-du-Rhône (25 %) et la commune des Saintes Maries de la Mer (5%).

 
Aujourd'hui, Van Gogh aurait les pieds dans l'eau.


 

En 1888, Van Gogh a dessiné puis peint une toile représentant un paysage dominé par l’imposante église forteresse. Selon Alain Amiel (1), pour réaliser son dessin, Van Gogh s’est installé sur une dune de 5 mètres de haut et a utilisé un cadre perspectif. Il a pu ainsi rehausser le paysage pour accentuer l’image du village resserré autour de l’église qui se dégage plus nettement. Ceci explique la différence de perspective entre le tableau de Van Gogh et la photo qui a été prise sensiblement à l’endroit où devait se trouver le peintre, légèrement au dessus du niveau de la mer. Nous nous sommes efforcés de localiser l'emplacement du peintre à partir du trait de côte SHOM de 1895, d'une carte d'Etat Major de 1867 révisée en 1906 et d'une vue aérienne datant de 1910. Ces éléments ont permis de situer la montille qui jouxtait une petite plage à proximité immédiate du trait de côte de l'époque. Ensuite, nous avons déterminé l'angle de vue en fonction de la perspective du dessin de Van Gogh, notamment la position du musée par rapport à l'église et l'angle du clocher. Le croisement de ces différents paramètres permet de situer la montille à mi-distance entre l'épi longitudinal des arènes et la plage.



 

(1) : Alain Amiel : Van Gogh aux Saintes Maries de la Mer - Editions Vangoghaventure.com

 

Programme IMPLIT (rapport final juillet 2007) : impact des évènements extrêmes (tempêtes et surcotes) sur les hydrosystèmes du littoral méditerranéen dans le cadre du changement climatique.
http://www.ecologie.gouv.fr/IMG/pdf/gicc2_2-03_final_1.pdf

 
Etude de définition des enjeux de protection du littoral sableux (septembre 2006).
http://www.parc-camargue.fr/Francais/upload/Etude_enjeu_protection_littoral_phaseA.pdf

 


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 31/07/2009 12:18:58         Commentaire 2 par : ékouba

Bien sûr qu'il ne faut pas toucher à  La Cabane. Tout est en Elle, nôtre jeunesse et nos souvenirs.
sauvarem lou païs, !!!!



 28/05/2009 15:33:47         Commentaire 1 par : zebe

La mar la terro mai que mai sorre en aquel endré s'ameritarien de resta la "prouprieta inmaterialo" di bèsti de Camargo e noun lou jouguet d'ome e de femo que volon faire de sòu pèr sòu e rèn leissa pèr li drole de deman.




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