Les Launes

Publié 11/04/2013 17:14:00 - cadre de vie

L'étang des Launes, un écrin majestueux.



C’est dans les années 1920 que la commune des Saintes, à l’initiative de son maire Esprit Pioch, fit l’acquisition de l’étang des Launes qui jusque là appartenait au domaine du Château d’Avignon. A l’époque, le but était de permettre aux pêcheurs saintois d’exploiter cette importante étendue d’eau. Depuis, le poisson se fait plus rare et les pêcheurs aussi. Aujourd’hui, par sa proximité et sa beauté, l'étang des Launes constitue un magnifique écrin qui confère au village marin son caractère typiquement camarguais dans un décor naturel que le soleil et le ciel recomposent sans cesse.

Un environnement exceptionnel.

L’étang des Launes, situé en zone Natura 2000, est  inclus dans le périmètre d’une ZNIEFF (1) appartenant à la Camargue laguno-marine et qui comprend également le marais du Couvin et l’étang de Ginès. L’eau y est douce, mais aussi saumâtre dans la zone sud. Les milieux présents sont principalement des étangs d’eau libre, des roselières, et des sansouïres. La délimitation de cette ZNIEFF se justifie principalement par la répartition des espèces qui se reproduisent et chassent sur le secteur. La répartition et l’agencement des habitats, le fonctionnement et les relations des écosystèmes ainsi que l’occupation du sol offrent une diversité de milieux très riche.
Outre une flore et des habitats naturels exceptionnels, cette zone humide présente un grand intérêt faunistique avec dix espèces déterminantes et dix autres remarquables, principalement d’ordre ornithologique et entomologique.

L’avifaune, liée au milieu aquatique, y est particulièrement intéressante avec d’importantes colonies d’Aigrette garzette, de Bihoreau gris  et de Héron pourpré. La nidification concerne plusieurs espèces, notamment  l’Ibis falcinelle, le Butor étoilé, la Marouette de Baillon, le Faucon hobereau , le Busard des roseaux et  la Panure à moustaches.

La charte du PNRC, qui a été signée en février 2011, classe l’étang des Launes en « zone humide majeure »

(1) Une ZNIEFF (Zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique) est un secteur du territoire particulièrement intéressant sur le plan écologique, participant au maintien des grands équilibres naturels ou constituant le milieu de vie d’espèces animales et végétales rares, caractéristiques du patrimoine naturel régional.



Les nicheurs de l'étang ...



et quelques oiseaux de passage.








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 Repli stratgique.

Publié 27/04/2011 18:06:00 - cadre de vie

Repli stratégique ou capitulation ?




Face au danger que représente l’érosion marine pour la Camargue, la Charte révisée du Parc prévoit la mise en œuvre d’un plan stratégique de gestion du trait de côte et du risque de submersion marine dans les termes suivants :

"L’efficacité des ouvrages de protection réalisés sur l’ensemble du littoral du delta, de l’Espiguette à Port-Saint-Louis-du-Rhône, doit faire l’objet d’une évaluation des avantages au regard des coûts, pour valoriser les solutions les mieux adaptées et pour identifier les ouvrages qui auraient eu l’effet inverse à savoir une aggravation de l’érosion marine.Sur les secteurs à fort enjeu, des techniques appropriées (enrochements, rechargement en sable à partir des excédents de sédiments sous-marins de zones côtières en extension ou tout autre matériau adapté…) pourront être envisagées localement. Sur les zones où l’ampleur du risque de submersion marine conduit à renoncer au maintien des protections actuelles, des protections de second rang, en retrait des dispositifs existants, doivent être mises en œuvre.

Sur le littoral du Parc, trois modes de gestion sont préconisés en fonction des enjeux et du niveau de risque : organisation de la défense ; maintien ou restauration d’un fonctionnement naturel ; repli stratégique. [… ]

Organisation de la défense.

Le seul secteur concerné par l’organisation de la défense est l’embouchure du Petit Rhône, le village des Saintes-Maries-de-la-Mer du Petit Rhône (plage du Grand Radeau) jusqu’au Pertuis de La Fourcade (plage est). Ce linéaire donne une garantie suffisante afin d’éviter le contournement du village par ses cotés est et ouest. En effet malgré la présence du débouché du Petit Rhône à la mer situé à l’ouest immédiat de la zone urbaine du village des Saintes-Maries-de-la-Mer, celui-ci ne constitue pas une barrière naturelle suffisante pour assurer une protection contre les submersions marines lors des tempêtes de secteur sud à sud ouest. Toutefois en fonction des analyses fines de contexte et de dynamique marine sur ce secteur particulier du littoral, des solutions de bourrelet de second rang sont à envisager.

Restauration du fonctionnement naturel.

Le maintien ou la restauration du fonctionnement naturel sera privilégié dans les zones où il y a peu d’enjeux socio-économiques et/ou en accrétion ou stable.
D’un linéaire total de 35 km, les secteurs concernés sont : du Pertuis de la Fourcade à la digue de Véran (au niveau du Phare de Beauduc) : plage Est des Saintes-Maries-de-la-Mer, plage de la Réserve Nationale, pointe de Beauduc ; La plage de Piémanson ; La flèche de la Gracieuse.

Repli stratégique.

Le repli stratégique est à privilégier dans les secteurs affectés par l’érosion (et/ou la submersion) sur lesquels des enjeux forts en général peu nombreux sont déplaçables : Littoral de la Camargue saintoise (du Rhône Vif au Grand Radeau) ; Du phare de Beauduc au phare de Faraman."

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 Le Seigneur des anneaux.

Publié 27/04/2011 17:19:00 - cadre de vie



Les projets municipaux font toujours de grosses manchettes dans "La Provence" avant de faire des ronds dans l'eau ... du port.



Bataille de chiffres.

A la Une de l’édition du 28 février 2009 du journal La Provence,  le directeur de la Semis annonçait fièrement le doublement de la capacité de Port Gardian d’ici 2010, c'est-à-dire hier. En janvier 2011, à l’occasion de la cérémonie de présentation des vœux, le maire des Saintes a remis ce projet à l’ordre du jour.

Une fois passé l’effet de surprise dû à l’imminence annoncée de l’achèvement des travaux qui, à ce jour, n’ont toujours pas débutés, nous avons cherché à savoir quelle était la taille précise de l’agrandissement envisagé de manière a en mesurer l’impact sur le trait de côte du port. Exercice délicat car si Roland Chassain, à l’occasion de la visite d’Alain Marleix (1) du 19 juillet 2008, annonçait une extension de 500 anneaux, le directeur de la Semis indiquait, quant-à lui, que Port Gardian allait passer de 370 à 600 anneaux soit un agrandissement de 230 anneaux. Enfin, pour clarifier les choses, le premier magistrat saintois déclarait dans "La Provence" du  4 mars 2009 que l’extension du Port serait finalement de 350 anneaux en précisant   toutefois : « pas avant 4 ou 5 ans ».

La plage aux bateaux.

Bref, cette cacophonie portuaire n’est pas faite pour nous éclairer et l’on peut légitimement se demander si les promoteurs de ce rocambolesque projet en ont bien évalué tous les risques. En effet, alors que les scientifiques émettent des doutes sur l’efficacité, à long terme, des ouvrages de protection en dur, ce projet accentuerait encore un peu plus l’artificialisation par enrochement du rivage saintois. Dans un tel contexte, est-il bien raisonnable de  charcuter la plage des arènes pour y creuser un dortoir à bateaux ? Pourtant la tempête de novembre 1982 est encore présente dans toutes les mémoires, ou presque. Et surtout, que l’on ne vienne pas nous sortir l’argument  du « deux en un » selon lequel la protection du village passe  par la construction d’un port dont la digue remplirait une double fonction en protégeant à la fois les bateaux et les habitations. Tant qu’on y est, pourquoi pas une marina ? 

Outre le danger de submersion marine, ce projet présente toutes les caractéristiques d’une véritable gabegie financière. En effet, le coût moyen de construction d’un anneau étant estimé à 50 K, ceci nous conduirait allègrement à un budget prévisionnel oscillant entre 13,5 et 25 millions d’euros selon que l’on se fie aux déclarations du directeur ou du président de la Semis. Du reste, n’est-il pas surprenant de constater, un an après la fin annoncée du chantier, qu’aucun plan de financement n’a encore été rendu public. Par ailleurs, s’agissant d’investissements lourds, Il serait intéressant de  connaître le retour sur investissement escompté.

Notre village aurait-il vocation a devenir un Saint-Tropez camarguais ? Enfin, est-ce bien raisonnable d’ajouter le risque financier au risque naturel, au bénéfice de quelques plaisanciers, quand les saintois s’interrogent encore sur la vulnérabilité potentielle des ouvrages de protection actuels. Espérons que les autorités publiques engloutiront ce projet insensé avant qu’une tempête ne s’en charge.



                            Enrochement du littoral saintois.

Tempête Xynthia, un an après.

Le 17 février 2011, Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET a présenté les actions fortes de l’Etat en matière de prévention des inondations un an après la tempête Xynthia. Un des axes prioritaires concerne la maîtrise de l’urbanisation dans les zones à risque. A ce titre, notre village fait partie des 242 communes qui devront élaborer un plan de prévention des risques littoraux dans un délai de 3 ans. Par ailleurs, les directives gouvernementales stipulent qu’aucune construction de digue ne pourra être autorisée pour ouvrir de nouveaux secteurs à l’urbanisation.

(1) : Alain Marleix était secrétaire d'État à l'Intérieur et aux Collectivités territoriales.



                       Port Gardian


Qui va payer ?


La SEMIS est une société anonyme d’économie mixte locale dont l’actionnaire majoritaire est la commune des Saintes Maries de la Mer. Elle a été crée en 1983 pour prendre en charge la gestion de Port Gardian.Depuis, son périmètre d’activité s’est étendu et elle assure désormais la gestion et la commercialisation de nombreuses activités touristiques de la station. Elle exploite notamment les 2 campings municipaux (1200 et 420 emplacements), Port Gardian (370 anneaux), l’école de voile, le Palais des Congrès, les parkings et aires de camping-car, la visite de la terrasse de l’église, le musée Baroncelli et le mini golf.

Bon an, mal an, la SEMIS parvient difficilement à équilibrer ses comptes. Ainsi, depuis plusieurs années, le chiffre d’affaire net peine à couvrir les dépenses d’exploitation (2). Avec un capital social de 628 k et une  capacité d’autofinancement de l’ordre de 500 k, on voit mal comment cette société pourrait lever les fonds nécessaires pour financer le projet d’agrandissement du port dont le retour sur investissement est aléatoire et à long terme. Alors, qui va payer sinon les contribuables ?   

(2) : source www.verif.fr (dépot légal des comptes)



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 La buse du canal.

Publié 26/04/2011 18:01:00 - cadre de vie

Le débit de l'eau.


La municipalité a récemment fait procéder à la construction d’un large passage permettant le franchissement du canal des Launes à proximité du pont Noir. Au delà de  l’étonnement que peut susciter la construction d’un passage à côté d’un pont, c’est la technique utilisée qui peut poser problème. En effet, l’ouvrage a été réalisé selon la méthode du busage, avec une seule buse sur une longueur d’une dizaine de mètres pour assurer l’écoulement de l’eau. 

 

Ouvrage réalisé à proximité du "pont Noir" avec une seule buse.


Ainsi, le gabarit du canal des Launes est passé d’un potentiel de l’ordre de 6 m2 à 0,785 m2. Ajouté à la faiblesse du courant, cet ouvrage en forme d’entonnoir aura pour conséquence de réduire le débit nominal du canal dans des proportions considérables. Or, le canal des Launes a précisément pour fonction d’évacuer les eaux pluviales pour tout l’ouest du village, ainsi, plusieurs collecteurs débouchent dans le canal tout au long de sa partie urbanisée.

 

Des explications vaseuses.


Selon nos informations, ces travaux auraient pour but de permettre le passage des engins utilisés pour l’entretien du canal. Il est vrai que les ouvertures réalisées sur la dune du bord de mer provoquent un apport considérable de sable dans le canal qui nécessiterait des curages fréquents. A ce propos, une étude hydrologique réalisée par des experts en 2004 pointait déjà ce problème (1) : « A l’entrée ouest des Saintes Maries de la Mer, la dune le long du littoral a été ouverte pour faciliter l’accès aux plages. Cet aménagement a été réalisé sans prendre en compte les quantités importantes de sable apportées au canal des Launes longeant cette digue. les intrusions sont telles que le canal a besoin d’être dessablé par un curage sur presque toute sa longueur ».  Inutile de préciser qu’aucun curage n’a été réalisé depuis la création du passage.


De larges brèches ont été ouvertes dans la dune pour faciliter l'accès à la plage.


Du reste, à quoi cela servirait-il de curer le canal pour accroître son gabarit alors que le passage permanent qui a été construit pour permettre l’accès des engins constitue, en aval, une limite physique au passage de l’eau égale au diamètre de la buse diminué de la vase qui a déjà commencé à se déposer à l’intérieur ? Pour le coup, on marche sur la tête!


Au passage, entre autres bizarreries, nous observons que l’ouvrage situé en amont des collecteurs se trouve équipé de deux buses quand celui qui se trouve en aval n’en possède qu’une seule. En somme,  plus le débit potentiel de l’eau est important et plus le gabarit du canal est réduit. Voilà une bien curieuse façon de concevoir l’ingénierie de l’hydraulique des canaux qui est pourtant une spécialité camarguaise depuis des siècles. Par ailleurs, du fait de son architecture en forme d’entonnoir, l’ouvrage provoquera inévitablement un effet de barrage entraînant la rétention de toutes sortes de détritus susceptibles de boucher l’orifice de l’unique buse. Dans ces conditions, que se passera-t-il à l’occasion des futurs épisodes pluvieux intenses tel que celui de décembre 2003 où les précipitations atteignirent près de 400 mm en une seule nuit ?


Ouvrage réalisé en amont avec 2 buses.

 

Pour accentuer encore un peu plus le défit au bon sens que constitue cette opération, le comblement du canal a été effectué avec du sable de plage recouvert de terre en surface.

 

Ainsi, on prélève du sable de plage au détriment de la protection du littoral contre le risque de submersion marine pour le déverser dans le canal des Launes au risque de provoquer, un jour, une inondation par  l’eau douce. Comprenne qui pourra


A ce jour, le seul engin qui utilise le passage est la débroussailleuse municipale qui vient régulièrement dévaster la roselière qui borde l’étang des Launes. Les canards et poules d’eau iront faire leurs nids ailleurs.


Le Pont du Mort vers 1930 (carte postale B. Vieilleville _ Lyon)

 

Jadis, les responsables de l’urbanisme de notre village savaient faire preuve de bon goût et de bon sens. Ainsi, pour franchir le canal des Launes, ils construisaient de jolis petits ponts, en harmonie avec le paysage, qui inspiraient les peintres, les photographes et les poètes. Il est peu probable que l’on voit un jour la buse du canal sur une carte postale ou sur la toile d’un peintre. Triste époque.


Couvée de canards nés au bord de l'étang des Launes.

 

 

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 La nouvelle Charte du PNRC

Publié 20/10/2009 16:57:00 - cadre de vie

 
(Article mis à jour le 26 avril 2011)


La Camargue, une coproduction entre l’homme et la nature.




Le débat sur le caractère artificiel ou naturel de la Camargue est aujourd’hui dépassé. Même si, à l’origine, l’aménagement du delta fut considéré comme un défi technique et agricole visant à transformer le lieu en un territoire économiquement et socialement viable, bien loin du souci de protection de la nature, la Camargue représente aujourd'hui une richesse environnementale et culturelle exceptionnelle qu’il faut absolument protéger.


Pendant que des hommes reconfiguraient la Camargue à coup de digues, de pompes et de réseaux d’irrigation, d’autres hommes, comme Baroncelli, d’Arbaud, d’Elly et bien d’autres, inventaient une Camargue symbolique et culturelle fondée sur la tradition locale et le respect de la nature sauvage. Façonné par des ingénieurs, des entrepreneurs et des poètes, développé par des générations de camarguais, le delta constitue un territoire unique en perpétuel mouvement. Ici, l’idée de laisser la nature reprendre tous ses droits n’a pas de sens, pas plus que n’aurait de sens l’idée de vouloir obstinément combattre tous ses effets ou, pire encore, ignorer sa fragilité et sa richesse au nom d’un mercantilisme économique inadapté et inconséquent.


Le biologiste américain Michael Zimmermann présente la nature comme « une coproduction perpétuelle, générée par les humains autant que par les éléments organiques ». Cette définition s’applique parfaitement bien à la Camargue vivante qui survivra tant que durera cette coproduction créative et équilibrée entre l’homme et la nature



Le classement du Parc renouvelé pour 12 ans.

 

Créé en 1970, le Parc Naturel Régional de Camargue a survécu à bien des vicissitudes politico-juridiques jusqu’à l’entrée en vigueur de la Loi du 4 décembre 2007. Cette Loi reconnaît le Syndicat Mixte comme la seule structure de gestion du Parc Naturel Régional de Camargue. Son adoption, à l’unanimité, par l’Assemblée Nationale illustre parfaitement la volonté partagée de dépasser les intérêts politiciens pour défendre l’intérêt général en préservant une zone humide, parmi les plus prestigieuses au monde.


A ce titre, la Camargue bénéficie de huit reconnaissances internationales : Site Ramsar en 1986 ; Site Natura 2000 en 1986 ; Réserve de Biosphère en 1977 ; Diplôme européen du Conseil de l’Europe depuis 1986 ; aire spécialement protégée de la Convention de Barcelone depuis 1982 pour lutter contre la pollution des aires marines ou côtières ; inscription au titre de la Convention de Bonn (juin 1979) relative à la conservation de la faune migratrice et de la Convention de Berne (septembre 1979) relative à la conservation de la faune sauvage et du milieu naturel de l’Europe ; Réserve biogénétique du Conseil de l’Europe créé en 1976.


Engagé en 2005, le processus de révision de la Charte s’est achevé par la signature des 11 entités territoriales et administratives concernées. Le décret portant renouvellement de classement du Parc Naturel régional de Camargue a été signé par le Premier Ministre et publié au Journal Officiel le 16 février 2011.




Un outil indispensable.

Nonobstant les quelques interrogations que soulève la Charte révisée, notamment en ce qui concerne la difficulté pour le citoyen d’en apprécier l’applicabilité effective dans le contexte camarguais, nous tenons à féliciter les équipes du Parc, ainsi que tous ceux qui ont œuvré avec elles, pour la qualité du travail accompli.

 

Si l’avenir de la Camargue se trouve encore bien menacé du fait de l’évolution climatique, il est également conditionné par la pertinence du modèle de développement qui sera appliqué sur le territoire du delta. De ce point de vue, la Charte constitue indéniablement un outil d’évaluation et d’orientation déterminant.    


Une démarche laborieuse.

Les turbulences chroniques qui agitent le triangle camarguais sont encore bien présentes sur le Delta. Même si les relations tendent à se normaliser entre la Fondation et le Syndicat Mixte, comme en témoigne la signature d’un accord visant à régler le contentieux d’ordre patrimonial qui paralysait certaines actions du Parc, rien n’est vraiment réglé, notamment sur le côté saintois du triangle


Sans surprise, la finalisation du processus de révision de la Charte s’est déroulée laborieusement sous le régime du compromis permanent plus que sur celui du consensus. Ainsi, après avoir longtemps menacé de retirer notre commune du Parc, le Maire des Saintes a fini par entendre raison en signant la Charte sous l’aimable pression des autorités de l’Etat. Il reste à espérer que le renouvellement du label « Parc Naturel Régional» pour la Camargue permettra de transcender l’action du Parc en l’inscrivant dans une véritable dynamique de territoire.



 
Ambitions ou vœux pieux ?

La Charte révisée propose quatre ambitions principales qui se déclinent en un certain nombre d’objectifs sur lesquels les différents acteurs publics s’engagent individuellement. Aucune obligation de résultats n’étant clairement spécifiée, il est prévu d’élaborer un tableau de bord, composé d’innombrables indicateurs de toutes sortes, afin de mesurer l’efficience de la Charte et le respect des engagements pris. Il reste à savoir qui pilote l’engin. En effet, de par la nature même de ses statuts légaux, le Parc n’est pas maître de ses objectifs ni de ses recommandations et encore moins de ses ambitions. Dans la pratique, il ne peut donner qu’un avis consultatif, pour ne pas dire complaisant. Autrement dit, la question majeure porte toujours sur les moyens, préventifs et coercitifs, dont le Parc devrait disposer au titre de la nouvelle Charte pour veiller au bon respect des engagements pris par les différents acteurs, notamment publics, qui interviennent sur le territoire impacté.


In fine, l’intérêt global de la Charte, au-delà de la pertinence de son contenu technique, sera fonction de son applicabilité réelle dans le contexte camarguais. Si, comme tout porte à le craindre, les turpitudes chroniques qui paralysent le bon fonctionnement du Parc perdurent, alors la Charte ne sera qu’un magnifique catalogue de vœux pieux et de vaines ambitions.


Les limites opérationnelles.

Dans son introduction, la Charte définit, de fait, les limites opérationnelles du Parc en rappelant les règles suivantes : « le syndicat mixte du Parc doit veiller à la cohérence des politiques publiques menées sur son territoire. Il agit comme catalyseur des initiatives locales, aidant à établir et à mettre en oeuvre des principes d’intervention et des modalités d’usage, par la construction d’un consensus local. Son rôle n’est pas de réglementer ou d’interdire, ni d’ajouter à la complexité des procédures, mais bien d’en rechercher le meilleur usage. Pour autant, la loi interdit au syndicat mixte de gestion du Parc de se substituer aux collectivités signataires de la Charte, dans l’exercice de leurs compétences propres. Le Parc, dans le cadre des missions que la présente charte lui confère, oeuvre donc à l’harmonisation des interventions, dans le respect des prérogatives de chacun ».


En l’occurrence, nous pensions naïvement que « les prérogatives de chacun » consistaient, avant tout, à respecter des engagements qu’ils ont approuvés librement en signant la Charte. Pour mémoire, voici ce que disait la Charte de 1998 en la matière : « Le Parc naturel régional de Camargue est situé à l'extrémité occidentale du Département des Bouches-du-Rhône [… ] Il s'étend sur une partie du territoire de la commune d'Arles et sur la totalité du territoire de la Commune des Saintes-Maries-de-la-Mer. Celles-ci ont librement adhéré à la Fondation (remplacée depuis par un syndicat mixte) du Parc Naturel Régional de Camargue et se sont engagées à respecter les principes définis dans la charte ». En somme, dans la version de 1998, ce sont les signataires qui s’engagent à respecter la Charte alors que dans la dernière mouture, c’est la Charte qui s’engage à respecter ses signataires.

 
Confusion des genres.

Le périmètre du Parc Naturel Régional de Camargue comprend plus de 25 000 hectares, parmi les plus remarquables, qui appartiennent au domaine public. Les collectivités territoriales qui composent le Syndicat Mixte assurent la gestion directe, ou par délégation du Conservatoire du Littoral, de cet espace public. De fait, la question de la confusion des genres peut se poser chaque fois que le Parc est conduit à se prononcer, que ce soit pour poursuivre un contrevenant ou pour émettre un avis, dès lors que l’entité impliquée participe à la gouvernance du Syndicat Mixte. Le risque est d’autant plus flagrant pour un Parc qui se trouve composé de seulement 3 communes alors que la moyenne, pour l’ensemble des Parc Naturels Régionaux français, est de 80 communes.


Pour ce qui concerne la commune des Saintes Maries de la Mer, des exemples récents, notamment les nombreuses incompatibilités du PLU pudiquement ignorées par le Conseil Syndical du Parc ou encore les rejets non règlementaires de gravats bitumeux en zone Natura 2000, mettent en évidence les limites de l’engagement des collectivités territoriales et l’impuissance du Parc à contrôler ses propres membres. Face à cette réalité, il appartiendra aux citoyens et aux associations de palier, en la matière, les carences prévisibles du Parc en utilisant tous les moyens légaux pour opposer les engagements de la Charte chaque fois qu’ils seront transgressés, sans raison valable, par l’un de ses signataires. En cela, la Charte peut être d’une grande utilité comme en témoigne l’importante jurisprudence propre à ce domaine particulier du droit administratif.



La Charte oublie le citoyen.

L’article 10.1 de la Charte prévoit de «renforcer la vitalité des réseaux d’habitants, d’usagers et de professionnels et leur implication dans la mise en œuvre de la Charte ». A cet effet, il est prévu « l’obligation de mettre en place un système de gouvernance plus participatif éloignant les risques de défiance à l’égard du Parc ».

 

Dans la structure actuelle, cette fonction est confiée à un ensemble d’associations regroupées au sein d’une assemblée, quelque peu somnolente, pompeusement baptisée « Parlement de la Camargue ». Malheureusement, s’il est bien envisagé d’améliorer l’activité de ce « Parlement », la Charte précise également que « Les modalités de ce nouveau mode de fonctionnement restent à préciser pour en garantir la pleine efficacité et la pérennité ». Pour ce faire, le Parc s’engage à allouer des moyens de fonctionnement et d’animation mais sans préciser lesquels.


Dans le même ordre d’idées, l’article 10.2 de la charte appelle à « Mieux prendre en compte le regard et les attentes des habitants face aux atteintes sur le patrimoine ». A ce propos, il faut rappeler que le document d’orientation du nouveau projet prévoyait la création d’une  « brigade verte » avec la justification suivante : « face à l’augmentation des enjeux relatifs à la protection de l’environnement et en réponse à l’attente de la population, une brigade verte va être créée. Sa mission ? Exercer une veille continue des atteintes à la réglementation en matière de protection, circulation de véhicules motorisés, rejets en milieu naturel, … ». Pourtant, le principe de création d’une telle brigade n’a pas été repris dans la Charte sans qu’aucun substitut ne soit prévu pour améliorer l’efficience du Parc et satisfaire l’attente des habitants en matière de contrôle des réglementations relatives à la protection du patrimoine et de l’environnement. Bref, la relation entre le Parc et le citoyen reste à construire.



 
Les saintois comptent sur le Parc.

Les enseignements qui ressortent d’une enquête récente réalisée, dans le cadre du processus de révision de la Charte, auprès des habitants des Saintes Maries de la Mer sont révélateurs de l’isolement du Parc au regard des citoyens.


Ainsi, un saintois sur deux ignore que sa commune est rattachée au Parc. Au passage, cela confirme bien la détérioration de l’identité d’un village dont la moitié des habitants n’ont plus l’impression de vivre dans le périmètre d’un parc naturel aussi emblématique que celui de Camargue.


Par ailleurs, deux saintois sur trois estiment que l’action du Parc devrait contribuer « à améliorer la vie des habitants et protéger leur cadre de vie ».   S’agissant des retombées économiques, les habitants reconnaissent l’impact positif du PNRC « en matière d’image pour la venue des touristes » en insistant toutefois sur la nécessité, à l’avenir, de  « mieux gérer les flux touristiques ».


Les résultats de cette enquête montrent bien l’attachement des saintois, à l’instar de tous les camarguais, à leur Parc dont ils souhaitent qu’il soit moins replié sur lui-même et plus attentif aux préoccupations concrètes des habitants.

 
Le nouveau périmètre du Parc Naturel Régional de Camargue.




Du côté Est, le territoire du Parc va dépasser la frontière naturelle du Grand Rhône en intégrant des espaces de haute valeur environnementale hérités de l’ancienne boucle du fleuve. Cette extension concerne la commune d’Arles avec le   « grand plan du bourg », le village de Mas Thibert ainsi que les marais du Vigueirat et de Meyranne. Au Sud-Est, l’extension porte sur la commune de Port-Saint-Louis-du-Rhône à l’exclusion de la partie urbaine et de la zone industrielle de Fos.


Sur le Nord-Ouest de l’île de Camargue, l’enclave qui se situait au niveau du péage autoroutier a été supprimée de manière à positionner la totalité de l’espace nécessaire à la réalisation du contournement autoroutier de la ville d’Arles en dehors du périmètre du Parc.


Pour ce qui concerne la partie maritime des 3 milles nautiques, conformément aux nouvelles dispositions réglementaires en vigueur, le territoire du Parc s’arrêtera au « trait de côte ».


Toutefois, compte tenu de l’importance particulière de l’interaction entre les eaux marines et les eaux douces et de la problématique d’érosion marine, une convention devrait être signée entre les autorités de l’Etat et le Parc pour permettre à ce dernier de poursuivre ses interventions sur la zone des 3 milles marins ainsi que sur les   12 milles du site NATURA 2000. 

 
En attendant les flamants bleus.

Pour ce qui concerne les nouveaux statuts, l’évolution principale découle de l’arrivée de Port Saint Louis du Rhône dans le périmètre du Parc. Ainsi, la composition du Syndicat Mixte a été modifiée pour accueillir les nouveaux entrants.


A ce stade, à la demande de Roland Chassain, il est envisagé d’engager une négociation afin de réduire les prérogatives du Syndicat Mixte pour les décisions qui impacteraient le territoire de sa commune. En effet, le maire des Saintes semble bien plus préoccupé par la biodiversité politique du Parc que par la biodiversité naturelle du territoire. Il est vrai qu’en Camargue, il y a plus de flamants roses que de flamants bleus ! Bref, voilà qui nous promet encore de belles empoignades politiciennes, bien loin des préoccupations concrètes qui devraient pourtant s’imposer à tous.

 
La composition du nouveau Syndicat Mixte du PNRC.


Le Syndicat Mixte est formé des 11 membres suivants :

-           la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur,

-           le Département des Bouches du Rhône,

-           la Commune d’Arles,

-           la Commune des Saintes-Maries-de-la-Mer,

-           la Commune de Port-Saint-Louis-du-Rhône,

-           la Communauté d’agglomération Arles-Crau-Camargue-Montagnette,

-           le Syndicat d’agglomération nouvelle Ouest Provence,

-           la CCI du Pays D’Arles,

-           la Chambre d’Agriculture des Bouches-du-Rhône,

-           la Chambre de Métiers des Bouches-du-Rhône,

-           le Syndicat mixte de gestion des associations syndicales du Pays d’Arles.  


        Les contributions statutaires                  Répartition des voix au sein du

             (cotisations en euros)                                        Syndicat Mixte

(La cotisation des 4 établissements publics est

de 1080 euros pour chacun d'entre eux.)

 

Plage Est aux Saintes Maries de la Mer !

 

 


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 Une digue improbable.

Publié 24/09/2009 23:16:00 - cadre de vie

Une digue "Maginot" pour une protection imaginaire.

Selon une information publiée dans le dernier bulletin municipal, « la Commune s’est trouvée dans l’obligation de reconstituer la digue de protection nord du village située entre Cacharel et la mer ».

 
Point n’est besoin d’une grande explication technique pour démontrer le caractère démagogique de l’assertion municipale tant l’inadéquation est flagrante entre la consistance des travaux réalisés et la nature des risques contre lesquels ils sont censés protéger le village. Il suffit, pour s’en convaincre, d’examiner la cartographie du système hydraulique composé par les étangs situés au nord du village et de mesurer l’impact réel des travaux réalisés par la commune sur la digue de protection qui va de la route de Cacharel à la mer.





Chacun pourra apprécier la pertinence des informations municipales invoquant la « reconstitution » de la digue alors que les travaux réalisés, sur seulement une centaine de mètres, n’ont en rien consolidé l’ouvrage de protection et ont même contribué à le fragiliser en détruisant toute la végétation qui consolidait le talus. Qui, hormis le Maire des Saintes, peut croire un seul instant que ces cent mètres de digue, telle une improbable digne "Maginot", pourraient protéger le village contre le déferlement des eaux des étangs du Malagroy, des Impériaux et du Vaccarès ?

Une opération de remblaiement sauvage

En réalité, le chantier visait à remblayer une importante zone jouxtant la route de Cacharel à l’entrée du village en utilisant principalement des gravats de voirie. En fait, la prétendue reconstitution de la digue n’est qu’un futile prétexte visant à masquer la réalité des choses.
 
Située au cœur du Parc Naturel Régional de Camargue, la zone remblayée borde l’étang de l’Impérial, lagune reconnue au plan international pour sa haute valeur patrimoniale. Par ailleurs, cette zone appartient à un ensemble de territoires inscrits au réseau des espaces naturels européens (Natura 2000) et se trouve protégée par deux directives européennes.
 
Pourtant, aucune demande d’autorisation ni de déclaration de remblaiement n’a été faite préalablement aux travaux comme l’exige la législation en vigueur. Aussi, la Direction Départementale de l’Agriculture et de la Forêt (DDAF13) a constaté l’infraction et dressé un procès verbal. Corrélativement, la Préfecture de Région a mis en demeure le Maire des Saintes d’arrêter le chantier et de régulariser la situation, notamment en faisant procéder à une étude d’évaluation des incidences des travaux sur les habitats et sur les espèces d’intérêts communautaires. Comment pourrait-on réaliser sérieusement, à ce jour, une telle évaluation sur des habitats et des espèces ayant déjà fait l’objet d’une destruction lors des travaux.

Des dégâts irréversibles sur un environnement exceptionnel.

Le remblaiement « sauvage » des zones humides, qui plus est avec des matériaux non appropriés susceptibles de comporter des matières actives telles que le bitume, affecte gravement la biodiversité exceptionnelle en ce lieu. Ces modifications affectent également l’ensemble des fonctions remplies par les zones humides, en diminuant notamment la contribution de ces zones à la protection du milieu urbain contre les inondations. En effet, en comblant les baisses on ne fait que réduire les capacités naturelles de rétention d’eau lors des épisodes pluvieux intenses ce qui favorise, bien évidemment, le risque d’inondation, notamment quand le remblaiement est réalisé à proximité immédiate des zones urbanisées. Outre cet aspect important, il convient également de souligner le désastre que constitue ce type de travaux sur la qualité des paysages et du cadre de vie. 

Le bitumage des Launes a commencé.

Comme si cela ne suffisait pas, des gravats de voirie ont également été déversés sur les berges de l’étang des Launes, probablement pour protéger le village contre les eaux du Petit Rhône en cas d’inondation ! Là aussi la Direction Départementale de l’Agriculture et de la Forêt est intervenue pour dresser un procès verbal de récidive contre la Mairie des Saintes. 

 
Trois associations portent plainte.

Soucieux de la préservation du patrimoine environnemental et paysager de notre commune mais également attentif à la gestion intelligente du risque d’inondation, nous avons décidé, en compagnie de deux autres associations : NACCICA (Nature et Citoyenneté en Crau Camargue et Alpilles) et l’UDVN (Union Départementale Vie et Nature) de déposer plainte auprès du Procureur de la République de Tarascon pour les faits décrits ci-dessus. 





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 Erosion marine en Camargue

Publié 21/05/2009 15:22:00 - cadre de vie

(Article mis à jour le 21 mars 2011)

 

Du mythe de Moïse à l'Arche de Noë.


Une mission interministérielle.

Le 22 avril 2009, Chantal Jouanno et Hubert Falco, à l’époque respectivement secrétaires d’Etat à l’écologie et à l’aménagement du territoire, avaient confié au maire des Saintes Maries de la Mer une mission portant sur la gestion du trait de côte camarguais.


Remis avec près d’un an de retard, le rapport de la mission, qui compile en un seul document une grande partie des études et des synthèses déjà produites sur le sujet, n’apporte rien de vraiment nouveau en matière de préconisation. Etrangement, Roland Chassain fustige les « études multiples et sans cohérence qui remplissent les placards » alors que son exposé n’est qu’une suite de copier/coller desdites études scientifiques dont les références figurent dans l’imposante bibliographie du rapport.




Observatoire et plan littoral.

La mission recommande la création rapide d’un observatoire du littoral du Golfe du Lion, reconnaissant, de fait, ce qui à priori était une évidence à savoir : le périmètre de l’étude, limité à la Camargue, était bien trop étriqué pour être pertinent. Rappelons au passage qu’en 2009, le Président de la région PACA et le maire d’Arles avaient proposé au ministre de l’environnement l’élaboration d’un « Plan Littoral » sur le modèle du « Plan Rhône ». Cette dernière approche nous parait plus intéressante dans la mesure où elle intervient sur un périmètre élargi en incluant tout à la fois l’observation, la compréhension, l’action, la coordination et le financement des opérations.


Les conclusions de la mission, confiée au maire des Saintes par Chantal Jouanno, n’ont reçu à ce jour aucun écho, si ce n’est un certain scepticisme exprimé par des scientifiques spécialisés sur la question, notamment Mireille Provansal (Cerege) et François Sabatier (Université de Provence).


Au final, cette mission n’aura pas permis de dissiper la légitime inquiétude des habitants concernés, pas plus qu’elle ne calmera les fantasmes médiatiques sur la destinée marine de la Camargue.




Le mythe de Moïse.

Moins « pessimiste que certains écologistes intégristes relayés par une presse à sensation », Roland Chassain, en observateur avisé, affirme dans son rapport que « depuis la création des premières digues en 1860, les Saintois n’ont cessé de repousser la mer ». Pourtant, tout ici invite à l’humilité, sauf à vouloir se rassurer à bon compte, comme le fait le maire des Saintes dans son rapport, en regardant des vieilles cartes postales comme autant de preuves irréfutables et irréversibles de la victoire de l’homme sur la mer.

 

La communauté scientifique qui étudie ce problème, sans pour autant sombrer dans le catastrophisme, s’accorde pour classer le village des Saintes Maries de la Mer parmi les points les plus exposés au phénomène d’érosion du littoral camarguais. Selon François Sabatier : « Aux Saintes-Maries-de-la-Mer, si on n'avait pas placé des digues et des brise-lames, le village aurait disparu dans les années 1990-2000. Le trait de côte se situerait aujourd'hui à l'entrée du village, côté terre ».

 

Même si les causes du recul du trait de côte sont relativement bien cernées - élévation du niveau de la mer, fréquence et violence des tempêtes, épuisement du stock sédimentaire lié à la diminution de l’apport du Rhône - les politiques de prévention des risques littoraux, qui sont susceptibles d'être aggravés sous l’effet du changement climatique, appellent des solutions novatrices, rationnelles et durables.


L’Arche de Noë.

Il est indéniable que la notoriété de la Camargue et du village des Saintes Maries de la Mer excite l’imaginaire d’un certain nombre de commentateurs qui extrapolent les données scientifiques pour construire des scénarios catastrophes afin de mieux marquer les esprits.


Ainsi, il n’est pas rare de voir certains médias poser le problème de l’érosion marine en France dans des termes outranciers tels que : « les habitants des Saintes Maries de la Mer seront-ils les premiers réfugiés climatiques français ? ». La Camargue n’étant pas l’ïle de Bhola et la France ne pouvant être comparée au Bengladesh, l’hypothèse visant à présenter les saintois comme de futurs « réfugiés » dans leur propre pays confine à l’absurde.


Néanmoins, au-delà de l’approximation sémantique, les thèses répandues par les prophètes de l’apocalypse camarguaise, en illustration des conséquences du réchauffement climatique, ne sont pas sans effets sur l’économie locale et les bailleurs de fonds publics. Même si leur démonstration relève davantage de la pédagogie de comptoir que de l’analyse scientifique, l’image de la presqu’île saintoise commence à faire son chemin.

 

Autant dire qu’il est urgent d’établir un plan de communication crédible pour endiguer une houle médiatique qui pourrait bien faire plus de dégâts que l’érosion marine elle-même.




Des rochers, des euros et des doutes.

Aux Saintes Maries de la Mer, les méthodes de protection utilisées jusqu'ici privilégient les enrochements artificiels. Ainsi, certains secteurs, autrefois sableux, ont été transformés en « côte rocheuse ». Les techniques mises en oeuvre pour protéger le village reposent principalement sur la création d’épis et de brises-lames. Les premiers bloquent la dérive parallèle à la côte et les seconds diminuent l’effet de la houle sur leurs arrières en créant un trombolo (presqu’île).


Malheureusement, outre leur coût financier, ces techniques ont des effets pervers car, selon Mireille Provansal, en même temps qu’elles permettent de bloquer l’érosion, elles font obstacle au transport des sédiments entraînant l’érosion en aval de la dérive côtière. Par ailleurs, les pentes sous-marines qui se forment à la base des ouvrages en dur finissent par provoquer leur effondrement dans un délai qui peut varier de 10 à 15 ans.


Il ne faut donc pas s’attendre à des miracles pour protéger le village contre l’érosion marine.  L’efficacité de la politique de protection du littoral sera directement conditionnée par le niveau et la pérennité des financements publics qui lui seront allouée. Aussi, dans un contexte de crise économique où les finances publiques risquent d’être durablement exsangues, la sagesse appelle à rationaliser l’usage de l’espace côtier du village de manière à consacrer un maximum de moyens pour sauvegarder le patrimoine socio-économique existant.

 
Le SYMADREM : une mutualisation efficace.


 

Pour ce qui concerne plus spécifiquement notre commune, les actions entreprises depuis de nombreuses années à l’initiative des différentes collectivités territoriales avec l’appui de l’Etat ont permis de contenir partiellement le phénomène d’érosion. Ainsi, le SYMADREM (Syndicat Mixte d'Aménagement Des digues du Delta du Rhône et de la Mer), qui fut créé en 1998 par Michel Vauzelle Président de la région PACA, joue désormais un rôle déterminant, et reconnu par tous, pour la protection des personnes et des biens contre les crues du Rhône et les effets de l’érosion marine.


Pour preuve, voici ce que déclarait le maire des Saintes à l’occasion de l’inauguration des travaux de reprofilage de l’épi des arènes et du prolongement du grand épi Est : « Aujourd'hui le SYMADREM interrégional, grâce à son expertise technique exceptionnelle et à un personnel de grande qualité, est devenu l'acteur incontournable de la protection des personnes et des biens contre les crues du Rhône. C'est un exemple de démocratie participative et de gestion concertée ».

 

Comme quoi, sur les sujets cruciaux, il est tout à fait possible d’évacuer les querelles politiciennes au profit de l’efficacité. Cet exemple illustre parfaitement à quel point la coopération et la synergie entre les différentes collectivités territoriales, avec l’implication de l’Etat, sont des atouts indispensables pour traiter de manière globale et solidaire les différentes problématiques camarguaises dans toutes leurs complexités.


En 2009 deux ouvrages ont été réalisés : l’épi Est des Launes et le brise- lames du Poste de secours n°2 situé à l’Est du Village. Ce programme s’est poursuivi en 2010 avec l’épi des Launes, à l’Ouest du village, le brise-lames du Grand large et l’épi en T à l’Est. Enfin, la digue à la mer, édifiée au XIXème siècle pour protéger la Camargue contre les submersions marines, sera également reprofilée. Ce programme, dont le coût est de l’ordre de 10 Millions d'euros, est cofinancé par l’État (40 %), le Conseil Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur (30 %), le Conseil Général des Bouches-du-Rhône (25 %) et la commune des Saintes Maries de la Mer (5%).

 
Aujourd'hui, Van Gogh aurait les pieds dans l'eau.


 

En 1888, Van Gogh a dessiné puis peint une toile représentant un paysage dominé par l’imposante église forteresse. Selon Alain Amiel (1), pour réaliser son dessin, Van Gogh s’est installé sur une dune de 5 mètres de haut et a utilisé un cadre perspectif. Il a pu ainsi rehausser le paysage pour accentuer l’image du village resserré autour de l’église qui se dégage plus nettement. Ceci explique la différence de perspective entre le tableau de Van Gogh et la photo qui a été prise sensiblement à l’endroit où devait se trouver le peintre, légèrement au dessus du niveau de la mer. Nous nous sommes efforcés de localiser l'emplacement du peintre à partir du trait de côte SHOM de 1895, d'une carte d'Etat Major de 1867 révisée en 1906 et d'une vue aérienne datant de 1910. Ces éléments ont permis de situer la montille qui jouxtait une petite plage à proximité immédiate du trait de côte de l'époque. Ensuite, nous avons déterminé l'angle de vue en fonction de la perspective du dessin de Van Gogh, notamment la position du musée par rapport à l'église et l'angle du clocher. Le croisement de ces différents paramètres permet de situer la montille à mi-distance entre l'épi longitudinal des arènes et la plage.



 

(1) : Alain Amiel : Van Gogh aux Saintes Maries de la Mer - Editions Vangoghaventure.com

 

Programme IMPLIT (rapport final juillet 2007) : impact des évènements extrêmes (tempêtes et surcotes) sur les hydrosystèmes du littoral méditerranéen dans le cadre du changement climatique.
http://www.ecologie.gouv.fr/IMG/pdf/gicc2_2-03_final_1.pdf

 
Etude de définition des enjeux de protection du littoral sableux (septembre 2006).
http://www.parc-camargue.fr/Francais/upload/Etude_enjeu_protection_littoral_phaseA.pdf

 

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