Un sursis pour la cabane

Publié 14/11/2013 11:28:00 - Patrimoine et culture

Dans un article paru dans l’édition du 27 janvier 2012 du journal La Provence, le maire des Saintes Roland Chassain claironnait, à propos de sa décision de démolir la cabane du Pont du Mort : « JE SUIS DANS MON DROIT ». Aujourd’hui,  bien que le processus judiciaire soit loin d’être terminé, nous vous proposons un premier point d’étape sous la forme d’un petit résumé retraçant les nombreuses péripéties qui ont jalonné un interminable parcours judiciaire qui devrait, d’ores et déjà, ramener l’édile saintois à plus d’humilité. 

Obstruction administrative.

Le 6 janvier 2012 le maire des Saintes Maries de la mer signe un arrêté municipal accordant à sa commune un permis de démolir la cabane dite « du Pont du Mort ». Pour sauver la cabane de la destruction, Sylvette et l’association Renaissance Saintoise décident alors d’engager un recours devant le Tribunal Administratif de Marseille en vue de faire annuler la décision du maire des Saintes.

Le permis de démolir, référencé PD01309611W0002 est apposé le 11 janvier 2012 sur le mur de clôture de la cabane. Malgré des demandes formelles réitérées, la mairie des Saintes, en toute illégalité, refuse à Sylvette l’accès aux pièces du dossier du permis de démolir. Face à cette attitude, qui rend difficile la formalisation d’une requête en demande d’annulation devant le Tribunal Administratif, l’association Renaissance Saintoise adresse à la mairie des Saintes une « sommation interpellative » et fait constater, par huissier, l’obstruction municipale. Rien n’y fait et la requête en demande d’annulation est déposée et argumentée avec, comme seule pièce du dossier, l’arrêté municipal accordant le permis de démolir. 


La justice ordonne l’interdiction de démolir. 

Le permis de démolir étant exécutoire, même si des recours ont été engagés, Sylvette assigne alors la commune en référé devant le TGI de Tarascon en vue d’obtenir la suspension de l’opération de démolition. Ainsi, le 21 juin 2012, le juge des référés du TGI de Tarascon rend une ordonnance qui fait droit à la demande de Sylvette en ordonnant « la suspension de la mesure de démolition de la cabane et des constructions édifiées au 18 rue Riquette Aubanel sur la parcelle CL N° 43, sous astreinte de 100 000 euros en cas de violation de l’injonction ». Par ailleurs, la commune des Saintes Maries de la Mer est condamnée aux dépens ainsi qu’au versement, à Sylvette, d’une indemnité de 1500 euros au titre des frais de procédure.

Le 6 juillet 2012, la commune des Saintes fait appel de la Décision du TGI de Tarascon. L’audience a lieu le 2 septembre 2013 devant la Cour d’Appel d’Aix en Provence qui, par un arrêté du 3 octobre 2013, confirme  l’ordonnance rendue par le TGI de Tarascon le 21 juin 2012 et condamne la commune des Saintes aux dépens et à verser à Sylvette la somme de 2000 euros supplémentaires au titre des frais de procédure.

Dès lors, la commune des Saintes Maries de la Mer ne peut plus faire procéder à la démolition de la cabane du Pont du Mort avant que le TGI de Tarascon n’ait statué sur le fond.


Expulseur expulsé.

Le 22 mars 2012 la commune des Saintes  assigne Sylvette en référé devant le TI de Tarascon pour la faire expulser de son logement de toute urgence. Le tribunal fixe la première audience au 5 avril 2012. De manière fort surprenante, eu égard à l’empressement du maire, l’avocat représentant la commune admet son incapacité à plaider la cause municipale et demande un report de l’audience qui est fixée au 24 mai. Le même avocat n’ayant pas pu produire son mémoire en défense dans les délais, l’audience du 24 mai est repoussée au 7 juin. La défense municipale ayant manifestement bien du mal à trouver un quelconque argument pour étayer sa demande d’expulsion, sollicite alors un nouveau report qui est refusé par le tribunal qui « expulse » la requête fantôme de Roland Chassain du rôle de l’audience.

A ce jour, soit un an et demi après l’assignation en référé, la commune des Saintes n’a fourni aucun élément nouveau susceptible de conduire le tribunal à réactiver le procès. Sylvette peut donc rester dans sa cabane de gardian. 


Abus de pouvoir.

A la mi-juillet 2012, Sylvette constate, non sans un certain étonnement, la disparition du panneau, sur lequel était affiché le permis de démolir, du mur de clôture où il avait été apposé le 11 janvier. La commune, prenant acte des décisions de justice qui lui sont toutes défavorables, aurait-elle enfin renoncé à son funeste projet de démolition ? Que nenni. Ainsi, le 28 juillet, la mairie des Saintes fait apposer un nouveau permis de démolir tout neuf portant la référence PD1309612W0001.

 

Etrange situation qui conduit Roland Chassain à accorder 2 permis de démolir pour une même bâtisse alors que le TGI de Tarascon vient précisément d’ordonner l’interdiction de procéder à la destruction de ladite bâtisse. Bref, le harcèlement administratif continue et il faudra attendre le 24 septembre 2012 pour comprendre les raisons du doublon. Ce jour-là, la commune des Saintes adresse un mémoire au Tribunal Administratif de Marseille par lequel elle reconnaît avoir commis un abus de pouvoir en s’accordant le permis de démolir daté du 6 janvier 2012 et demande au tribunal de prononcer un non-lieu à statuer sur les requêtes en annulation qui ont été émises par Sylvette et l’association Renaissance Saintoise. Face à la gabegie judiciaire municipale, ces deux dernières sont alors contraintes à déposer une nouvelle requête en annulation devant le Tribunal Administratif de Marseille pour le deuxième permis de démolir. Le feuilleton continue …


Harcèlement judiciaire.

Faisant litière des différentes décisions de justice et par comble de cynisme, le 3 septembre 2013 la commune des Saintes intervient auprès du TA de Marseille pour réclamer à Sylvette le paiement d’une somme de 3000 euros à titre de dédommagement pour les frais de justice engagés par la commune. Pourtant, Roland Chassain plaide coupable en reconnaissant formellement avoir commis un abus de pouvoir, justifiant ainsi le bien-fondé des recours et sa pleine responsabilité sur le préjudice subi par Sylvette. Du reste, ce préjudice n’a-t-il pas été reconnu par le TGI de Tarascon et la Cour d’Appel d’Aix en Provence qui ont respectivement condamné la commune des Saintes à verser 1500 et 2000 euros à Sylvette au titre de dédommagement pour frais de procédure. 

Dans son argumentaire, l’avocat de la commune ose même affirmer que « l’abrogation de l’acte litigieux a donné satisfaction à la requérante » alors qu’un deuxième permis de démolir avait été accordé avant même la demande d’abrogation du premier ce qui prouve bien que la cabane se trouve toujours menacée de démolition et qu’en conséquence Sylvette n’a, en rien, obtenu satisfaction. Le harcèlement judiciaire continue aux frais des contribuables saintois.


Restons mobilisés.

Rien n’arrêtera Roland Chassain dans sa volonté de détruire la cabane de gardian du Pont du Mort. Incapable de plaider la demande d’expulsion qu’il a pourtant instruite, reconnaissant lui-même avoir commis un abus de pouvoir, débouté par le TGI de Tarascon et la Cour d’Appel d’Aix en Provence il continue, contre toute évidence et aux frais des contribuables saintois, à proclamer « qu’il est dans son droit ».  Si le maire procédurier compte sur le découragement de Sylvette et de tous ceux qui la soutiennent, il se trompe lourdement.

Les premières décisions de justice sont encourageantes et nous renforcent dans notre détermination de sauver la cabane de gardian du Pont du Mort et de permettre à Sylvette de continuer à y habiter paisiblement. Aussi, même si la prudence reste de mise, nous attendons avec espoir la décision du Tribunal Administratif de Marseille. Par une ordonnance du 3 octobre 2013, ce dernier a fixé la clôture de l’instruction au 3 décembre. A ce jour, l’audience n’est toujours pas planifiée, mais l’échéance approche. Restons vigilants et mobilisés.


Merci encore aux 3230 personnes qui ont signé la pétition et adressé de très nombreux messages de soutien à Sylvette.


La cabane de Sylvette au pays du soleil levant.

Il y quelques mois, deux journalistes japonais du magazine NIKKEI sont venus faire un reportage en Camargue. Pour illustrer l’habitat traditionnel de notre territoire, leur choix s’est porté sur la cabane du Pont du Mort. Ils sont donc venus chez Sylvette pour réaliser leur reportage. Ainsi, la magnifique cabane que Roland Chassain s’acharne à vouloir détruire, s’est retrouvée dans les pages magazine du NIKKEI qui est le plus important journal économique du Japon. Puisse le soleil levant éclairer le jugement du maire des Saintes Maries de la Mer.







Finalement il n’y a rien de très surprenant à ce que des journalistes japonais apprécient l’esthétisme et les couleurs de la Camargue y-compris au travers de ses cabanes traditionnelles, qui sont les dignes héritières des cabanes camarguaises d’antan.

Van Gogh les avait déjà immortalisées et dans une lettre adressée à son frère Théo le 19 juin 1888, alors qu’il séjournait aux Saintes Maries de la Mer, il écrivait en référence à l’influence du japon dans son œuvre : « Voyons, on aime la peinture japonaise, on en a subi l’influence – tous les impressionnistes ont ça en commun – et on n’irait pas au Japon c’est-à-dire, ce qui est l’équivalent du Japon, le midi. – Je crois donc qu’encore après tout l’avenir de l’art nouveau est dans le midi. » 



Van Gogh : Cabanes blanches aux Saintes Maries (huile sur toile – Zurich)





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 Laissons les Saintes Maries aux Saintes

Publié 26/07/2013 19:26:00 - Patrimoine et culture

Le 28 mai dernier, le journal La Provence publiait un article relatant le « pèlerinage des Trémaïe dans le sillage des Trois Maries » qui  s’est déroulé dans le village des Baux-de-Provence.  A cette occasion, l’auteur de l’article propose une bien étrange version de l’arrivée des Saintes Maries et des apôtres en terre provençale. Ainsi,  « selon la légende et la tradition orale, les Trois Maries dont Marie-Madeleine poussées par une gigantesque vague n’auraient pas eu le temps de débarquer en Camargue et seraient arrivées au pied de la citadelle. Là où se trouve, actuellement, la Chapelle qui leur est consacrée ». Même si, par définition, les légendes n’ont pas vocation à relater ce type d’évènements avec une rigueur journalistique, force est de reconnaître que la thèse du tsunami providentiel poussant la barque jusqu’aux Baux est passablement farfelue.

En effet, si l’on se réfère aux ouvrages du chanoine Lamoureux « Les Saintes Maries de Provence » et du chanoine Augustin Mazel « Notes sur la Camargue et les Saintes Maries de la Mer », il apparaît que de très nombreuses chapelles et autels ont été dédiés aux Saintes Maries dans la France entière. Tous ces symboles témoignent d’une forme de reconnaissance pour l’avènement de la chrétienté par l’évangélisation contre le paganisme avec les bienfaits et les miracles qui en résultaient. La Chapelle des Trémaïe aux baux de Provence, dont la construction, aux dires de son conservateur, daterait du 19ème siècle, s’inscrit vraisemblablement dans cette tradition et ne saurait, en aucune façon, constituer un quelconque témoignage, au demeurant bien tardif, du débarquement des Saintes Maries et des apôtres en ce lieu improbable. La Chapelle des Saintes, quant à elle, fut construite entre les 9ème et 12ème siècles selon la volonté de Guillaume 1er fils de Boson II, Comte de Provence.  C’est dans la crypte de cette église que furent retrouvés les ossements des Saintes Maries à la suite de fouilles ordonnées par le Roi René d’Anjou en 1448. Nous sommes bien loin de la Chapelle des Trémaïe. 



La Chapelle des Trémaïe.

Du reste, dans son ouvrage de référence « Les villes mortes du Golfe de Lyon », l’éminent historien Charles Lenthérie démontre, cartes à l’appui, que la mer Méditerranée n’a jamais atteint Les Baux. Ce que l’on appelait autrefois « mer » n’était, en fait, que de grandes étendues d’eau reliées entre elles par des canaux à très faible tirant d’eau. Charles Lenthérie aborde également cette légende mais dans une approche totalement différente et bien plus plausible. Ainsi, la légende serait due à certains personnages de la famille de Béthanie ayant accompagné Marius dans sa campagne de la Gaule. Celui-ci aurait séjourné sur un plateau des Alpilles, à proximité du village des Baux, accompagné de sa femme Julie et d’une certaine Marthe, qui était une prophétesse syrienne. Cette dernière pourrait être à l’origine d’une confusion avec la Marthe de l’évangile entrainant, par là même, des conjectures hasardeuses sur la légende des Baux et des Saintes Maries. 



Le bas-relief des Trémaïe.


En réalité, c’est à partir d’un bas-relief, qui a reçu le nom provençal de Tremaïe, qui signifie « Trois Maries », au 17ème siècle que les habitants des Baux, qui voyaient dans ce monument trois femmes représentant les Saintes Maries (Marie-Madeleine, Marie Salomé et Marie Jacobé), ont créé la légende des Baux. En fait, cette interprétation est fausse car les personnages sculptés sont un homme et deux femmes. Pour preuve irréfutable, une épitaphe a été formellement identifiée en dessous du bas-relief, indiquant avec une certitude absolue qu'il s'agit d'un relief votif gallo-romain. L'archéologue Isidore Gilles, dans des ouvrages intitulés  « Campagne de Marius dans la Gaule et Marius, Marthe, Julie devant la légende des saintes Maries  (1870) »  voyait dans les figures du bas-relief les statues du consul Marius, sa femme Julie et la prophétesse Marthe.
Pour conclure, méditons cette pensée de Charles Lenthérie à propos de la terre des Saintes Maries : « j’estime que la terre qui la première a recueilli de pareils hôtes est, malgré sa misère et son abandon, la plus noble et la plus digne de respect de notre territoire ».

Alors, de grâce, laissons les Saintes Maries aux Saintes.   

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 Ivan Pranishnikoff

Publié 12/04/2013 10:44:00 - Patrimoine et culture

Ivan PRANISHNIKOFF

            Artiste, aventurier et prospecteur.





Fils de Boyard, Ivan Pétrovitch Pranishnikoff est né à Koursk (Russie occidentale) le 3 mai 1841 et il est mort aux Saintes-Maries-de-la-Mer le 16 avril 1909. Doté de dons exceptionnels pour le dessin et la peinture, il éprouve également un attrait immodéré pour l’aventure, la liberté et les voyages.

Après avoir étudié la peinture à l’Académie Saint Luc de Rome, il s’engage aux côtés de Garibaldi en Sicile. Il voyage beaucoup autour de la Méditerranée, s’initiant aux richesses de l’antiquité gréco-romaine, à l’archéologie et à la préhistoire. Il contribue, avec d’autres passionnés, à créer la Société Préhistorique Française. Prospecteur infatigable, il parcourt, le plus souvent à bicyclette, les garrigues languedociennes et provençales pour admirer l’esthétique des paysages tout en recherchant inlassablement des témoignages de l’activité de nos ancêtres.

Citoyen du monde.

Mais l’Europe ne suffit pas à assouvir son désir dévorant d’espace. Ainsi, il parcourt le Canada, les Etats-Unis, le Mexique tour à tour en qualité d’ingénieur, de journaliste, de peintre, d’illustrateur et de photographe. Ce russe, touche à tout, réussi tout ce qu’il entreprend. Après son mariage avec Joséphine Languedoc, il s’installe à Paris en 1879 où son immense talent est désormais consacré. Familier des Tourgueniev, Pouchkine, Gagarine, il rencontre des provençaux célèbres, notamment Daudet et Mistral dont il devient l’ami.

Ses qualités d’illustrateur font de lui un collaborateur assidu des Editions plon et Hachette alors que le Tzar Alexandre III le nomme peintre officiel de l’armée russe. Les expositions de Paris mettent en exergue, outre son immense talent d’artiste, son rôle d’ambassadeur actif du rapprochement entre l’Orient et l’Occident institutionnalisé par la création de l’Alliance Franco-russe



Provençal authentique.

Sur les conseils de ses amis provençaux il visite Arles, Avignon, Tarascon et s’éprend pour ce pays de lumière. A l’instar de son ami Alphonse Daudet, Ivan Pranishnikoff rêve de trouver un endroit calme où il puisse se reposer des « fièvres parisiennes » et redécouvrir ses sources d’inspiration dans une nature riche, esthétique et authentique. Finalement, son choix se porte sur la Camargue et le village des Saintes-Maries-de-la-Mer où il se fixe en 1881.

C’est alors qu’il apprend la langue provençale, devient membre actif du Félibrige et co-fondateur de la Nation Gardiane.  Il participe à toutes les manifestations de la Renaissance Provençale en mettant tout son talent au service des Lettres et des Arts tout en menant la vie rustique d’un gardian, chevauchant dans les enganes comme le meilleur des cavaliers camarguais.

Apprécié des saintois.

Les saintois tiennent en haute estime « Moussu Ivan » ainsi que son épouse, couple si parfaitement intégré à cette communauté des Saintes qui ne s’étonne jamais de l’originalité des hommes. Et c’est ainsi qu’Ivan Pétrovitch vivra dans la paix camarguaise aimé des grands comme des humbles. il restera pour nous un des hommes les plus extraordinaires qui ait marqué la fin du 19è siècle de sa prodigieuse personnalité qui demeure une grande fierté pour notre village.



Précurseur et visionnaire.

Par sa vie et par son action, Pranishnikoff a préfiguré et idéalisé, avec près d’un siècle d’avance, l’Europe d’aujourd’hui dont il s’avère le prophète émérite. A ce titre, il incarne, par l’étonnante contemporanéité de son oeuvre et de sa pensée, l’une des grandes figures œcuméniques et philosophiques universelles des temps modernes.

L’ami de Joseph ESPELLY.


Ivan Pranishnikoff avait noué une solide amitié avec Joseph Espelly qui fut maire des Saintes-Maries-de-la-Mer de 1906 à 1920. A l’occasion de la commémoration du centenaire de la mort d’Ivan Pranishnikoff, Madame Corinne Espelly a fait don à la commune de 4 oeuvres originales de l’artiste russe. Il n’est malheureusement plus possible d’admirer ces  tableaux, ainsi qu’une aquarelle gouachée représentant l’arrivée des taureaux aux Saintes, car le musée Baroncelli, où ils sont déposés, est désormais fermé au public pour des raisons de sécurité. A défaut des Saintes, il est toujours possible de voir des peintures et des dessins d’Ivan Pranishnikoff au Museon Arlaten d’Arles, au Palais de l’Elysée, au Musée des Beaux-Arts de Nantes, au Musée d’Etat de Saint-Pétersbourg et dans de très nombreuses collections privées. 



En 1881, le couple Pranishnikoff loue une petite maison dans la rue des Pénitents Blancs avant de s’installer dans une maison plus spacieuse, rue de l’Hôtel de ville rebaptisée depuis Rue Victor Hugo.  Cette maison, bâtie sur 2 niveaux, passait à l’époque pour l’une des plus bourgeoises du quartier. Le peintre avait installé son atelier dans une vaste pièce lumineuse située au premier étage.



Personnage éclectique, Ivan Pétrovitch PRANISHNIKOFF fut tout à la fois :

Ami des animaux et de la nature.
Défenseur des opprimés et bienfaiteur des pauvres.
Journaliste, reporter, illustrateur de revues et de livres.
Ecrivain, poète et Félibre.
Humaniste, philosophe et gardian.
Ambassadeur des cultures européennes et américaines.
Traducteur de Tourgueniev en provençal.
Sculpteur, archéologue, paléologue, paléontologue.
Membre de la Société Préhistorique de France.
Peintre officiel de l’armée du Tzar Alexandre III.
Peintre du Canada, de Paris et de la Nation Gardiane. Grand prix de Rome. 
Collaborateur de F. Mistral, M. Jouveau, F. de Baroncelli, J. Charles Roux, L. Lelée.
Il était Chevalier de la Légion d’Honneur et Chevalier des Palmes Académiques.






Santen pour l’éternité.


Ivan Pranishnikoff s’est éteint, dans sa maison des Saintes, le 16 avril 1909 après qu’il eut fait un malaise, à la station d’Albaron, dans le train qui le ramenait d’Arles. Faute de caveau familial, il fut provisoirement inhumé dans celui de ses amis Cormier. Joséphine, sa veuve, entreprit alors de faire construire un monument funéraire dont elle confia la conception à l’architecte A. Coquelin. Le superbe ouvrage, construit en granit noir et en porphyre, était orné d’un magnifique buste en bronze réalisé par le célèbre sculpteur russe Léopold Bernstamm. A sa mort, en 1913, selon son vœu, Joséphine rejoignit Ivan, pour l’éternité, dans le tombeau qu’elle avait fait ériger à cette intention. Mais ce ne fut pas le dernier voyage du grand homme car en 1943, le cimetière marin des Saintes fut transféré à l’entrée nord du village où le tombeau des Pranishnikoff est désormais installé ... jusqu’au prochain voyage.



Jules Grand, président de la Nacioun Gardiano, prononçant un discours provençal dans le cimetière des Saintes Maries de la Mer devant le cercueil de Joséphine PRANISHNIKOFF, femme du peintre (1913).
(Photo : archives du Palais du Roure)





Le 29 septembre 1912, Jules Grand, président de la Nacioun Gardiano, raconte la vie d’Ivan PRANISHNIKOFF devant la maison où il vécut pendant 27 ans.
(Photo : archives du Palais du Roure)



Bibliographie :

(1) : biographie succinte écrite sur la base d’un texte de Raymond Rousset.
Ivan PRANISHNIKOFF 1841-1909 Peintre et Philosophe Russe et Gardian par Michel Gay. Ed. Notre-Dame Nimes




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 Le costume

Publié 12/04/2013 10:14:00 - Patrimoine et culture

Le costume de l'Arlésienne.

Tant qu’auran lou riban
          lis Arlatenco saran li pus bello


                           Frédéric Mistral

Une mode arlésienne.


Ce fut sous le règne de Louis XV que les arlésiennes commencèrent à manifester leur originalité vestimentaire. Ainsi, jusqu’au tout début du  XXe  siècle, les femmes d’Arles grâce à leur habileté à jouer avec les tissus, les formes, les couleurs et les matières vont inventer un style vestimentaire original tout en s’inspirant de la mode parisienne. Le costume de l’arlésienne, tel qu’on le connaît aujourd’hui, est le fruit de plus de 150 années d’évolution et de transformation au gré des modes en usage dans la capitale.



Antoine RASPAL :  l'Atelier de couture à Arles peint vers 1760. Musée Réattu d'Arles
Ce tableau représente des costumes que portent les couturières et les vêtements pendus au fond de leur atelier, fruit de leur travail. Fichus, robes, coiffes imprimés sont très bien détaillés et donnent une idée de la manière de se vêtir des femmes à Arles au milieu du XVIIIe siècle.


Un symbole de l’identité provençale.

En 1884, soit 30 ans après la création du félibrige, Frédéric Mistral publie un texte qui consacre le vêtement de type arlésien comme un fleuron de la culture provençale. En même temps, pour bien marquer le caractère régional et original du costume, il établit une liste précise des cantons dans lesquels il est ordinairement porté.

En 1903, soucieux de garantir la pérennité de l’habit d’arlésienne, Frédéric Mistral et Léo Lelée créèrent, à Arles, la Fèsto Vierginenco pour glorifier les jeunes filles qui portaient le costume d’arlésienne adulte pour la première fois. Si cette année là, seulement 18 jeunes filles se présentèrent, dès l’année suivante elles furent 350 à participer à la fête du costume qui s’installa au théâtre antique d’Arles.



Aujourd’hui, seul le village des Saintes Maries de la Mer organise la traditionnelle Fèsto Vierginenco, grâce au Marquis de Baroncelli qui en assura le succès et en fut l’organisateur jusqu’en 1939. Cette année, trois jeunes saintoises ont pris le ruban.

Les trois costumes.


Jadis d’usage quotidien, le costume de l’Arlésienne est devenu aujourd’hui un costume traditionnel porté uniquement à l’occasion des festivités. Bien qu’il soit figé dans son ultime forme depuis plus d’un siècle, le costume de l’Arlésienne, qui se décline en trois types distincts, peut présenter des particularités locales auxquelles chaque femme qui le revêt apporte une touche personnelle de manière à le rendre unique.

 Le costume  en cravate.


C’est la version la plus connue du costume de l’Arlésienne car elle fut popularisée par l’œuvre de Frédéric Mistral «Mirèio». La coiffe se compose d’un bonnet blanc et d’une cravate en tissu de coton ou de percale bordé de dentelle, noué en «cornettes» sur le devant de la tête. L’éso est confectionnée en tissu noir, de forme sobre, décolleté en arrondi sur la poitrine et très échancré dans le dos. La jupe est ronde ou en forme et peut être froncée à plis couchés ou plis canon. L’Arlésienne en cravate porte obligatoirement un tablier sur le devant de la jupe.

La chapelle se compose généralement d’un fichu en percale blanche brodée parfois imprimé de petits motifs. 

Le costume en ruban.


La coiffe se compose d’un dessus en  tulle ou mousseline brodée ou en dentelle et du ruban « lou velout » bleu marine ou bien d’une autre couleur. L’éso est de couleur noire ou taillé dans la même étoffe que la jupe dont la forme peut varier ; plate sur le devant avec des plis sur l’arrière, ronde à lès ou à panneaux avec traîne pour le costume de gala.

La chapelle est en mousseline ou en dentelle blanche ou écrue avec un fichu qui peut être du même tissu que la jupe, en tulle ou en mousseline brodés. Pour la tenue de gala, la pèlerine de dentelle noire remplace le fichu.

Le costume gansé

C'est le costume de grande cérémonie ou celui de la mariée. Il s'apparente au costume en ruban avec quelques variantes. La jupe en forme comprend une traîne. Les tissus sont toujours des tissus précieux comme la soie. L'eso  est obligatoirement assortie à la jupe et les manches sont ornées de dentelles. La chapelle est semblable à celle de l'Arlésienne en ruban mais le fichu de dessus est remplacé par une pèlerine. Dans le costume de la mariée porté avec les ganses, la pèlerine est de couleur claire.

Depuis 1930, la Reine d’Arles est intronisée en costume de gansé blanc.


    La cueillette des olives dans le costume de Mireille. (illustration Hommalk - ed. Gaby2)

bibliographie :

Michèle Gil : l’Arlésienne et la mode parisienne, ed Equinoxe
                 Histoire des REINES D’ARLES, ed Equinoxe
Le blog de Garibondy : http://garibondy.over-blog.com
www.laprovence.com



La Reine d’Arles.

Elue pour trois ans, la Reine d'Arles et les Demoiselles d’Honneur sont choisies après avoir fait preuve de leurs connaissances en histoire, littérature, architecture, arts, traditions et langue provençales.


La Reine devient alors l'ambassadrice des traditions du Pays d'Arles, présente au coté des personnalités locales dans toutes les manifestations culturelles et traditionnelles. Dans ces occasions, elle porte toujours  le costume d'Arlésienne.

 La première Reine fût élue en 1930 pour honorer le centenaire de la naissance de Fréderic Mistral. L'actuelle Reine d'Arles, Astrid Giraud élue en 2011, est la 21ème à porter ce titre. Comme les précédentes, elle remplira durant son mandat, accompagnée de ses demoiselles d'honneur, un rôle de gardienne de la culture, du costume et de la langue provençale.



Astrid GIRAUD (au centre) est la XXIème Reine d'Arles. Les Demoiselles d'Honneur de ce XXIème règne sont Julia BERIZZI, Laura CAVALLINI , Charlotte DEPLANCKE, Angélique MARIGNAN.
(Photo site officiel Ville d’Arles : www.ville-arles.fr)



Une saintoise à l’honneur.


Nous adressons toutes nos félicitations à  Laura Cavallini qui a été élue demoiselle d’honneur aux côtés de la Reine d’Arles pour les trois années à venir.



Laura CAVALLINI   (photo famille Cavallini)


Le costume d’Arlésienne au patrimoine mondial ?

L'association Tradicioun et le Conseil Régional PACA vont partir à l'assaut de l'UNESCO pour faire inscrire le costume d'Arlésienne au patrimoine immatériel mondial. Même si le costume d’Arlésienne n'est pas en danger de disparition, il représente un des symboles vivants d'une culture, d'un territoire et d'un savoir-faire transgénérationnel qu'il faut absolument protéger et valoriser.

Le projet vise à répondre aux questions de l’identification de cet élément, sa description, son apprentissage, sa transmission, l’intérêt patrimonial et sa mise en valeur, son mode de valorisation,  sa diffusion, ses modes de reconnaissance publique, sa documentation et ses mesures de sauvegarde. Pour atteindre leur objectif, les responsables de 
l'association  auront besoin de l’aide de tous les
passionnés de la région, de leur mobilisation et surtout, de leurs témoignages pour enrichir le dossier qu’exige le gouvernement français. D'ici un an, les élus locaux, notamment Michel Vauzelle (Président de la Région PACA), iront soutenir le projet devant les instances de l'UNESCO dans l'espoir que le costume d'Arlésienne soit inscrit au patrimoine immatériel mondial.

Les renseignements sur cet ambitieux projet se trouvent sur le site www.tradicioun.org

RENAISSANCE SAINTOISE soutient cette action et vous invite à signer la pétition sur le site :
www.lecostumedarles.fr/Soutenir



Les arlésiennes ont toujours inspiré les peintres.

L’Arlésienne, figure emblématique de la Provence depuis le XVIIe siècle, a toujours inspiré les peintres. Antoine Raspal, Vincent Van Gogh, Paul Gauguin, Adolphe Monticelli ou Pablo Picasso, entre autres, l’ont immortalisée, séduits par son allure, son élégance, sa coiffe,  la forme et les couleurs de son costume.











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 Un musee qui ferme

Publié 11/04/2013 17:04:00 - Patrimoine et culture

Un musée qui ferme, c'est une mémoire qui s'éteint.



Alors que tout le département des Bouches du Rhône foisonne d’initiatives dans le cadre du projet « Marseille-Provence, capitale européenne de la culture 2013 », notre commune s’apprête à fermer définitivement son unique musée.

En hommage au Marquis.

Principalement consacré à la mémoire du Marquis de Baroncelli, le musée qui porte son nom fut créé à l’initiative de ses amis et de ses admirateurs. Qu’ils soient peintres, écrivains, poètes, manadiers ou simples habitants du village, tous eurent à cœur de contribuer à la réalisation de ce projet culturel et mémoriel. Aussi, au delà de sa valeur patrimoniale, ce lieu, qui fut l’œuvre enthousiaste de nos anciens, porte en lui une partie de la mémoire du village et de son identité qu’il faut absolument pérenniser.

Pourtant, si la façade du musée Baroncelli a été récemment rénovée, l’intérieur du bâtiment a eu moins de chance et continue de tomber en décrépitude faute de volonté et de moyens pour assurer la conservation, la mise en valeur et l’enrichissement des collections, ou de ce qu’il en reste.



Une mémoire qui disparaît.

Il y a une dizaine d’années, un important travail d’inventaire, réalisé à l’initiative d’une association locale de défense du patrimoine (ADPCNC), avait permis de constater la disparition inexpliquée de nombreuses pièces précieuses. Aucune enquête n’ayant été diligentée à l’époque, les objets dérobés sont définitivement perdus pour le musée et nul ne saura jamais où est passée, avec eux, une partie de la mémoire collective du village.  

La fermeture programmée du musée Baroncelli n’est malheureusement qu’une conséquence de l’atonie qui caractérise la politique culturelle municipale réduite à quelques « symboles » plus ou moins réussis, implantés, ici et là, dans le village.  

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 Les arenes jaunes

Publié 11/04/2013 16:48:00 - Patrimoine et culture

Les arènes abandonnent leur couleur camarguaise.

Jusqu’en 1925, les jeux taurins organisés dans notre commune se déroulaient sur un plan de charrettes installé près de l’église. En 1930, le maire Esprit Pioch engagea un projet de construction de nouvelles arènes qu’il confia à l’architecte Castel de Marseille. Ces arènes, édifiées par l’entreprise Saint-Lèbes d’Arles s’effondrèrent partiellement pendant leur construction ce qui n’empêcha pas l’achèvement des travaux en 1932. Les arènes actuelles ont été restaurées et agrandies en 1985, sous la municipalité d’Hubert Manaud, par l’architecte André Marchetti. Le style et les couleurs étaient en harmonie avec les teintes du village, notamment avec des murs badigeonnés à l’enduit blanc. Ce parti pris architectural offrait un décor parfaitement adapté à la course camarguaise ainsi qu’aux nombreuses manifestations de tradition provençale dont cette enceinte est le théâtre. Notons, au passage, que la dernière tranche de la rénovation des arènes n’a toujours pas été réalisée.



Récemment, nos arènes ont été repeintes en jaune vif. Ce nouveau décor est particulièrement inadapté aux spectacles taurins camarguais ainsi qu’aux nombreuses manifestations traditionnelles qui se déroulent dans cette enceinte.

Il est regrettable que les autorités locales, qui sont pourtant responsables du site, n’aient pas exigé, en la circonstance, que soient respectées les nuances de couleurs d’usage dans notre  village et en harmonie avec les représentations de la culture et des traditions camarguaises.  







Les arènes blanches s'intègrent parfaitement dans le paysage saintois.


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 Le Pont, la Cabane et la Croix

Publié 22/01/2012 12:32:00 - Patrimoine et culture




je pose sur la cabane l’ombre de mon cœur dans l’espoir que ce symbole de la générosité saura parler au cœur des amoureux de la Camargue.



La supplique de la Croix. 


A ma naissance, en 1926, je fus installée sur un terre-plein sableux face à la Méditerranée. Quelques années plus tard, je fus transférée à l’entrée du village à proximité du Pont du Mort. Là, entre mer et étang, au milieu des enganes je me sentais encore plus camarguaise. Les gardians qui conduisaient les taureaux pour la course aux saintes me saluaient à chacun de leur passage sur le pont du Mort. Près de l’étang des Launes, je coulais des jours tranquilles mais si le cadre était merveilleux, il y manquait un peu de vie. Aussi, quand en 1951, on vint construire, tout à côté de là, une authentique cabane de gardian, ce fut pour moi un grand bonheur. Enfin, je voyais vivre la Camargue.   Depuis plus de soixante ans nous composons, le Pont, la Cabane et moi, un même tableau, une même culture et une même mémoire. Aussi, je le dis tout net, j’aime la rose et j’aime le vent mais je ne veux pas finir au bout d’une esplanade en béton !

L’écrin qui m’accueille depuis si longtemps et qui magnifie les symboles que je représente doit rester à l’image de la Camargue. Détruire mon amie la Cabane c’est comme découper une partie du tableau, effacer un coin de notre mémoire et profaner notre chère culture. Alors, aujourd’hui, je pose sur elle l’ombre de mon cœur dans l’espoir que ce symbole de la générosité saura parler au cœur des amoureux de la Camargue.

Messieurs les décideurs, si les symboles que je représente ont encore un sens pour vous, rangez vos tractopelles et votre béton  et ne touchez pas à la Cabane du Pont du Mort. 

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 Laisse beton

Publié 22/01/2012 12:15:00 - Patrimoine et culture



Le 13 janvier dernier, la mairie des Saintes Maries de la mer a fait apposer un permis de démolir sur le mur de la cabane de gardian du Pont du Mort.

Depuis plus de 60 ans, la Croix de Camargue et la magnifique cabane de gardian du Pont du Mort se complètent pour composer un merveilleux décor empreint d’une grande authenticité. Construite en 1951, dans le respect des règles de l’art par l’artisan cabanier saintois Maurice Verollet, cette cabane représente un savoir-faire et un art de vivre qui font partie intégrante de notre patrimoine, de notre culture et de notre mémoire collective que nous avons l’impérieux devoir de préserver.

L’esplanade de l’étang des Launes.  

En réponse à l’un de ses conseillers municipaux qui lui demandait si « l’esplanade de l’étang des Launes était incluse dans la 4ème tranche de la promenade du bord de mer », le maire a dénié le terme d’esplanade en précisant qu’il s’agissait de « réaliser un espace culturel pour mettre en valeur la Croix de Camargue et le Pont du Mort » (1). Voilà une précaution oratoire dont l’inconsistance en dit long sur les intentions réelles de la municipalité. En première étape, le projet conditionnel porte sur la réalisation d’une promenade en béton désactivé décoré, en son centre, par une rose des vents ! Ce projet, vide de tout sens culturel ou mémoriel, est d’autant plus ubuesque que la future promenade va jouxter le passage existant qui emprunte une voie communale pour accéder au Pont du Mort et au site de la Croix de Camargue dans un décor empreint d’une superbe authenticité paysagère et patrimoniale. La solution consistant à réhabiliter le passage existant étant probablement trop simple et pas assez coûteuse, les urbanistes municipaux, dont la culture s’inscrit davantage dans le béton que dans la sagne, ont décidé d’en construire un nouveau  en rasant, au passage, la magnifique cabane de gardian du Pont du Mort.



A la vue de ce plan, affiché en mairie, on mesure bien le caratère inutile de l'aménagement projeté.


Passage en force. 

Ce projet est d’autant plus aberrant qu’il déroge aux prescriptions du POS visant à protéger les « cabanes du Front de Mer ». En effet, le POS stipule notamment que « la zone UPM qui recouvre l’ensemble des cabanes de gardian longeant l’Avenue Riquette Aubanel doit être entièrement préservée ». A ce titre, le secteur concerné fait l’objet d’un plan détaillé qui inclut la parcelle cadastrée 43 sur laquelle est construite la cabane que la commune veut détruire. Enfin, alors que l’habitation visée,  à notre connaissance, n’est toujours pas propriété de la commune, les autorités municipales ont prévenu la locataire qui occupe les lieux, en toute légalité, depuis 32 ans, qu’elle serait expulsée dès la fin de la trêve hivernale. 





Une promenade qui coûte cher.  

Outre son inutilité et l’absurdité urbanistique et sociale qui le caractérisent, ce projet représente une véritable gabegie financière. En effet, alors qu’il existe aujourd’hui une solution gratuite et satisfaisante, la réalisation d’une promenade bétonnée, qui implique le rachat de la cabane, sa démolition plus le béton et la rose des vents, devrait engendrer une dépense de l’ordre de 150000 euros payée par les contribuables saintois.   A ce propos, les explications livrées par le maire lors de la réunion du Conseil Municipal du 21 juillet 2011 apporte un éclairage particulier sur les motivations municipales. Ainsi, le premier magistrat saintois rappelle que, depuis 1995, la commune a consacré 357 millions d’euros à l’aménagement du village. Autrement dit, la qualité de la gestion municipale serait directement proportionnelle au montant de l’argent public dépensé.   Dans une telle approche, la promenade inutile à 150000 euros prend tout son sens. Voilà qui n’est pas de nature à rassurer les contribuables saintois, dont l’immuable taux d’imposition se situe en 6ème position sur les 129 communes des Bouches du Rhône. Encore un petit effort et nous serons les premiers !  

(1) : Compte rendu de la séance du Conseil Municipal du 21 juillet 2011, page 30 du bulletin municipal de décembre 2011.

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 Les cabanes de Van Gogh.

Publié 27/04/2011 16:45:00 - Patrimoine et culture

Les cabanes saintines ont inspiré Van Gogh.

En juin 1888, Vincent Van Gogh est venu passer une semaine aux Saintes Maries de la Mer au cours de laquelle il réalisa onze dessins, sept huiles et une aquarelle. Parmi ses sources d’inspiration, on trouve 2 toiles et plusieurs dessins qui représentent des chaumières et des cabanes dans lesquelles vivaient une bonne partie des quelque 800 habitants que comptait le village à cette époque



Rue aux Saintes-Maries

cette peinture à l'huile est l'un des deux tableaux sur lequel Van Gogh peignit des maisonnettes au toit de chaume. A gauche au premier plan, on aperçoit une maisonnette dont la toiture  arrondie évoque une croupe de sagne. La rue où elles se trouvaient est l'actuelle rue Frédéric Mistral.



Vue des Saintes-Maries et du cimetière

Ce dessin à la plume représente un alignement de maisonnettes ou de cabanes situées rue Frédéric Mistral. Au fond, on aperçoit le cimetière qui, à l’époque, se trouvait en bord de mer (à proximité de l’emplacement actuel des arènes).  



Cabanes blanches aux Saintes-Maries

ce tableau est  évoqué  par Van Gogh dans une lettre envoyée à sa sœur, Wilhelmina Van Gogh, en septembre 1888 : « les cabanes blanches sous le ciel bleu dans de la verdure que j'ai faites à Saintes-Maries au bord de la Méditerranée ».




Paysage à la cabane en Camargue

Sur ce dessin à la plume, on distingue la forme caractéristique d'une cabane de sagne à abside avec la saillie du chevron axial de croupe qui pointe obliquement vers le ciel.  Cette bâtisse, qui semble se situer en bordure de marais, est typique de la cabane camarguaise.



pour illustrer le caractère patrimonial et culturel des cabanes camarguaises nous vous invitons  à visiter le site de Christian Lassure qui propose un travail  remarquablement documenté sur l'évolution de la cabane camarguaise au XXe siècle. Le chapitre consacré aux "cabanes du front de mer" montre bien la magnifique cabane du Pont du Mort  (ou Maure) que la Mairie veut démolir.


(pour accéder au site, cliquez sur l'image ci-contre)




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 Les chevaux de Mistral

Publié 27/04/2011 15:41:00 - Patrimoine et culture

Cènt ego blanco

Dans le quatrième chant du magnifique poème Mirèio (Mireille), Frédéric Mistral exalte la fougue et l’insoumission des chevaux de Camargue. C’est Frédéric Mistral lui-même qui a réalisé la traduction en français de cet ardent poème.




Cènt ego blanco ! La creniero,
Coume la sagno di sagniero,
Oundejanto, fougouso, e franco dóu cisèu :
Dins sis ardèntis abrivado,
Quand pièi partien, descaussanado,
Coume la cherpo d'uno fado
En dessus de si cou floutavo dins lou cèu.

Vergougno à tu, raço oumenenco !
Li cavaloto camarguenco,
Au pougnènt esperoun que i'estrasso lou flanc,
Coume à la man que li caresso,
Li yeguèron jamai soumesso.
Encabestrado pèr treitesso,
N'ai vist despatria liuen dóu pàti salan ;

E 'n jour, d'un bound rabin e proumte,
Embardassa quau que li mounte,
D'un galop avala vint lègo de palun,
La narro au vènt ! e revengudo
Au Vacarès, que soun nascudo,
Après dès an d'esclavitudo,
Respira de la mar lou libre salabrun.

Qu'aquelo meno souvagino,
Soun elemen es la marino :
Dóu càrri de Netune escapado segur,
Es encarotencho d'escumo ;
E quand la mar boufo e s'embrumo,
Que di veissèu peton li gumo,
Li grignoun de Camargo endihon de bonur ;

E fan brusi coume uno chasso
Sa longo coque ié tirasso ;
E gravachon lou sòu ; e sènton dins sa car
Intra lou trent dóu diéu terrible
Qu'en un barrejadis ourrible
Mòu la tempèsto e l'endoulible,
E bourroulo de-founs li toumple de la mar.




Cent cavales blanches ! La crinière,
Comme la massette des marais,
Ondoyante, touffue, et franche du ciseau :
Dans leurs ardents élans,
Lorsqu’elles partaient ensuite, effrénées,
Comme l’écharpe d’une fée,
Au-dessus de leurs cous, elle flottait dans le ciel.

Honte à toi, race humaine !
Les cavales de Camargue,
Au poignant éperon qui leur déchire le flanc,
Comme à la main qui les caresse,
Jamais on ne les vit soumises.
Enchevêtrées par trahison,
J’en ai vu exiler loin des prairies salines ;

Et un jour, d’un bond revêche et prompt,
Jeter bas quiconque les monte,
D’un galop dévorer vingt lieues de marécages,
Flairant le vent ! et revenues
Au Vacarès, où elles naquirent,
Après dix ans d’esclavage,
Respirer l’émanation salée et libre de la mer.

Car de cette race sauvage,
La mer est l'élément :
Du char de Neptune échappée sans doute,
Elle est encore teinte d’écume ;
Et quand la mer souffle et s’assombrit,
Quand des vaisseaux rompent les câbles,
Les étalons de Camargue hennissent de bonheur ;

Et font claquer comme la ficelle d’un fouet
Leur longue queue traînante,
Et grattent le sol, et sentent dans leur chair
Entrer le trident du Dieu terrible
Qui, dans un horrible pêle-mêle,
Meut la tempête et le déluge,
Et bouleverse de fond en comble les abîmes de la mer.





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 La cabane de Daudet.

Publié 27/04/2011 10:15:00 - Patrimoine et culture

Alphonse Daudet, grand admirateur et ami de Frédéric Mistral, a écrit en provençal ce poème dédié à la cabane camarguaise.

Coumo fai bon quand lou mistrau
Pico à la porto emé si bano
Estre soulet dins la cabano
Tout soulet coumo un mas de Crau
E vèire pèr un pichot trau
Alin, bèn liuen, dins lis engano
Lusi li palun de Girau
E rèn ausi que lou mistrau
Picant la porto emé si bano,
Pièi de tèms en tèms li campano
Di rosso de la tour dòu Brau !...


Comme il fait bon quand le mistral
Frappe à la porte avec ses cornes
Être tout seul dans la cabane
Tout seul comme un mas de Crau
Et voir par un petit trou
Là-bas, loin, dans les salicornes
Luire les marais de Giraud
Et ne rien entendre que le mistral
Frappant à la porte avec ses cornes
Puis de temps à autre les clochettes
Des chevaux de la tour de Brau !...



La cabane de Sylvette aux Saintes Maries de la Mer.



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 1943 : la naissance de VOVO

Publié 26/04/2011 17:32:00 - Patrimoine et culture

Folklore municipal.


En apprenant, à la lecture  du bulletin municipal, que notre article  consacré à Vovo dans notre précédente lettre d’infos, était « truffé  d’erreurs », nous nous sommes enquis, auprès des experts municipaux, de la nature desdites erreurs afin de les rectifier et de rendre sa vérité au mythe de Vovo.


Vérification faite, il semblerait que la controverse municipale porterait sur l’année de naissance de Vovo que nous avons située en 1943 et non en 1944.


Toujours dans le bulletin municipal, monsieur De Murcia regrette que nous n’ayons pas sollicité ses services pour obtenir « les bonnes informations ». Nous en sommes désolés, mais il faut bien dire, à notre décharge, qu’après que le maire eut invité « toutes les jeunes filles à venir aux Saintes pour toucher  les testicules  de Vovo  car  il parait que cela porte bonheur » (1), après que la sculpture du célèbre taureau fut bizarrement lubrifiée  avec de la graisse noire et après que le document officiel, publié par la mairie, fit naître Vovo le jour de Noël, nous avons estimé qu’il était préférable d’en appeler à nos propres afeciouna pour raconter la véritable histoire de ce cocardier de légende.

 

Coup de barrière de VOVO sur Fidani. (photo de presse).


Le récit d’Aubanel.


Bien évidemment il n’existe aucun témoin visuel de la naissance de Vovo car sa mère Gyptis a mis bas, un jour d’automne, dans la solitude des enganes du Clamadou.

Aussi,  la thèse folklorique  reprise dans la version municipale est d'autant plus sujette à caution qu'elle se veut précise au point d'affirmer que la naissance eut lieu le jour de Noël. En fait, cette version trouve probablement son origine dans un opuscule intitulé « 1896–1996 :  Centenari de la manado Santenco Baroncelli – Aubanel », qui fut publié à l’occasion du centenaire de la manade. Ce document, reprenant un témoignage   d’Aubanel, retrace la naissance de Vovo dans les termes suivants :  « Gyptis s’était échappée de Beauvoisin, était descendue jusqu’à Gallician, et avait gagné le Grand Radeau. Le jour de Nöel 1944, la vache met bas : ce petit veau, né loin de la manade sera le Grand Vovo ».


Comme il est dit dans ce témoignage, le petit veau est né loin de la manade, et donc loin du regard des Aubanel qui récupérèrent Vovo et sa mère Gyptis un an et demi après la naissance. Par ailleurs, Aubanel situe la rencontre entre Gyptis et l’étalon Provence au Grand Radeau alors qu’en réalité celle-ci eu lieu au Clamadou, la manade Raynaud n’étant arrivée au Grand Radeau qu’en 1945.


Le récit des frères Raynaud.


A l’occasion de la commémoration du centenaire de la manade Raynaud en 2004, un document exposé retraçait la naissance de Vovo dans les termes suivants : « RECIT VECU, RACONTE PAR MARCEL RAYNAUD SUR LA NAISSANCE DE VOVO . La manade Raynaud était au  Clamadou  en hiver 1942–1943. La vache Gyptis s’étant échappée à la bandido de Beauvoisin, fin été 1942, arrive dans les marais de Capette. Un matin, Marcel Raynaud gardait les bêtes dans la baisse d’Albert (au Clamadou), il voit une vache qui arrive de Sylvéréal, c’était Gyptis. Sitôt arrivée dans la manade, elle fut saillie par le taureau Provence. Vovo naquit en novembre 1943. (Les veaux nés en fin d’année font partie de l’année suivante d’où 1944) Elle restera toute l’année 1943 chez les Raynaud et ceux-ci ont rendu la vache et son veau à Monsieur Aubanel en août 1944 au Cailar ... »


Document présenté lors de l'exposition consacrée au centenaire de la manade Raynaud en 2004.


Bien que le témoignage de Marcel Raynaud soit suffisamment précis et crédible, notamment pour le distingo entre la naissance biologique et la naissance "administrative" de Vovo, nous avons néanmoins cherché a l’étayer en le contextualisant.


Cette histoire se déroule durant la seconde guerre mondiale entre 1942 et 1944. Au lendemain de la défaite de la France, la course libre venait d’être interdite et ce n’est qu’à la suite d’une requête formulée par le Marquis de Baroncelli auprès des autorités françaises de l’époque qu’elles purent reprendre l’année suivante (2). Durant toutes ces années de guerre, l’activité de la  bouvine tourne au ralenti et les manadiers, victimes des restrictions et des braconniers, survivent comme ils peuvent. Il faudra attendre la libération pour assister à une véritable reprise des courses libres et de l’activité taurine.


La rencontre.


Si le millésime de naissance de Vovo peut être sujet à débat, en revanche, les faits liés à la fugue de Gyptis et à sa rencontre avec Provence sont, quant à eux, établis avec exactitude tant pour ce qui concerne les lieux que la saisonnalité. Ainsi,  l’histoire débuta à Beauvoisin, pendant une bandido, en fin d’été, la rencontre des deux animaux eut lieu au Clamadou au milieu de l’hiver suivant et Vovo naquit à l’automne.


Le Clamadou (3).


En 1943, Marcel et Jean Raynaud étaient âgés respectivement de 15 et 13 ans. Ils étaient déjà gardians à temps plein et passaient l’hiver à la cabane du Clamadou où les conditions de vie étaient particulièrement difficiles.


Par ailleurs, Gyptis n’appartenait pas à la manade Raynaud et l’étalon Provence, qui n’avait effectué que deux courses d’emboulés, était considéré comme un taureau très ordinaire. Du reste, à la libération, le malheureux Provence fit partie du lot des bêtes qui furent désignées pour être abattues à la demande du Comité de la Libération d’Aigues-Mortes pour fournir de la viande aux populations qui manquaient cruellement de nourriture. Bien sûr, en 1945, nul ne pouvait imaginer la future carrière de Vovo, sans quoi son géniteur eût probablement été épargné.


 Autant dire que dans un tel contexte, l’aventure de Gyptis avec Provence et la naissance de leur veau n’étaient pas une préoccupation majeure pour les deux jeunes gardians. Ceci peut éventuellement expliquer un certain flou sur les dates dans les différents récits qui relatent cet évènement.

 

Le Bois des Rièges.


La manade Baroncelli louait un territoire appartenant à la Compagnie des Salins, qui comprenait notamment le Bois des Rièges.


Après  l’invasion de la zone sud par les troupes allemandes en novembre 1942, la situation de la manade des Saintes-Maries devint critique à la suite de la réquisition totale du domaine du Marquis par les forces d’occupation. A la demande expresse d’Aubanel, la direction de Péchiney accepta alors de poursuivre la location du Bois des Rièges à la manade Baroncelli – Aubanel (4).


Le mas du Simbèu en 1930 (carte postale Aprin).


Sous l’effet de l’occupation allemande, qui s’intensifia en 1943, la situation de la manade Raynaud devint à son tour préoccupante. C’est alors qu’Aubanel proposa de l’accueillir au Bois des Rièges. Ce séjour est évoqué dans le livre « La Dynastie des Raynaud 1904–2004 » à la page 43 : « A cette époque on n’hésitait pas à mélanger carrément les manades. La dernière fois que nous l’avons fait, c’était en 1943–1944 pendant la dernière guerre. C’était l’occupation et  Aubanel, le gendre du Marquis, nous a pris sur le Bois des Rièges aux Saintes-Maries parce qu’on ne savait plus où aller.Tout était occupé, miné. On était pratiquement sur la route avec les taureaux [...] Voilà où nous avons passé, nous Marcel et Jean, peut-être le plus bel hiver de notre vie avec Bonnafous, à garder sur le Bois des Rièges ».


Dans le même ouvrage, à la page 91, le séjour de la manade Raynaud au Bois des Rièges est daté en 1942–1943. Toutefois, cette version est certainement erronée car le narrateur dit :  « nous étions sous l’occupation […] en octobre 1942 ». Or, l'occupation de la zone sud a commencé le mois suivant et les troupes allemandes ne sont arrivées aux Saintes-Maries-de-la-Mer que le 16 novembre 1942.

 

Le Marquis de Baroncelli fut contraint de quitter le mas du Simbèu à la mi-février 1943 et se réfugia dans une maison du village avant de regagner Avignon où il mourut le 15 décembre de la même année. Le mas du Simbèu fut détruit par les allemands en 1944.


Tous ces faits confortent la thèse selon laquelle c’est bien à l’automne 1943 que la manade Raynaud a rejoint la manade Aubanel au bois des Rièges pour y passer l’hiver. Comment Gyptis aurait-elle pu  rencontrer Provence en janvier ou février 1944  au Clamadou puisque l’étalon des Raynaud se trouvait  au Bois des Rièges à ce moment là. Ainsi, l’idylle taurine aurait bien eu lieu en janvier ou février 1943 et Vovo serait né   9 mois plus tard, soit en octobre ou novembre de la même année.

 

Les débuts de Vovo.


Les frères Raynaud relatent ainsi la première sortie de Vovo (3), « La vie publique de Vovo a commencé par une abrivado alors qu’il était doublen et nous y avons participé. On donnait un coup de main au père Aubanel à l’occasion de la fête des Saintes [...] Aubanel voulait mener ce jour là ce fils de Gyptis pour voir son comportement en piste. Nous sommes en 1946, il a bien deux ans. on était parti du sauvage à cheval, pour aller chez Aubanel faire la ferrade du 26 mai pour la journée Baroncellienne ». A la lumière de ce récit vécu, Vovo aurait fait sa première apparition publique en mai 1946 alors qu’il était  doublen et qu’il avait   « bien deux ans » ce qui doit être compris comme « il avait plus de deux ans ».


Or, si Vovo était né le 25 décembre 1944, en mai 1946 il n’aurait été qu’un anouble âgé de moins d’un an et demi, ce qui parait bien jeune pour lui faire effectuer un premier test en piste. Au cours de l’année 1946, les afeciouna purent voir Vovo à l’œuvre à plusieurs reprises (5). En août, De Montaud Manse avait besoin d’un doublen pour compléter une course qu’il devait donner à Saint Laurent d’Aigouze et Henri Aubanel lui prêta Vovo. Quinze jours plus tard, il se trouvait incorporé avec des pensionnaires de Raynaud à Saint-Geniès-des-Mourgues. Ses premières colères, qu’il assouvit contre les planches, déchaînèrent l’enthousiasme du public.

 

Le 20 septembre 1946, il était à Mouriès et  c’est le raseteur Simian qui inaugura l’impressionnante série de « roustes » monumentales qu’il a distribué tout au long de sa carrière de cocardier. 


Même si Vovo était un surdoué de la course libre, il est peu probable qu’un anouble  né le jour de Noël 1944 ait pu réaliser autant de sorties spectaculaires et probantes durant le printemps et l’été 1946.


La part du mystère.


Les différents témoignages que nous venons d’évoquer, en les replaçant dans le contexte de l’époque, confortent indéniablement l’hypothèse selon laquelle Vovo serait né à l’automne 1943 et non le jour de Noël 1944. Quoi qu’il en soit, la naissance singulière de Vovo gardera à jamais sa part de mystère, ce qui ne fait qu’ajouter au mythe de ce taureau d’exception.


La sculpture de VOVO aux Saintes Maries de la Mer.


La "bandido" de Beauvoisin.


A la suite de l’article que nous avons consacré à la naissance de Vovo dans notre précédent bulletin, monsieur Jacky TOURREAU, qui est originaire de Beauvoisin, nous a communiqué un élément supplémentaire qui permet de dater précisément la rencontre entre la vache Gyptis d’Aubanel et l’étalon Provence de Raynaud. Il ressort en effet de la lecture de documents issus de « La Remêmbranço » (Société pour l’Histoire et la Maintenance du patrimoine de BEAUVOISIN », que les festivités du village furent interrompues durant l’occupation allemande entre l’automne 1942 et la fin de l’été 1944. De fait, la « bandido » qui vit Gyptis prendre la clé des champs n’a pu avoir lieu qu’à la fin de l’été 1942 et non en 1943.

Nous remercions Monsieur Tourreau pour son aimable contribution.


(1) : interview de Roland Chassain sur Télé Miroir.

 

(2) : Fonds Baroncelli Palais du Roure (Avignon).


(3) : Bernard Dumarcher : La Dynastie des Raynaud 1904-2004


(4) : « Sel et Bouvino à Salin de Giraud », article de M. Audema

       publié dans le n° 111 du Bulletin des Amis du vieil Arles

       de juillet 2001.


(5) : Source G. Hugues repris sur ffcc.com.

 

 

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 La Croix de Camargue

Publié 26/04/2011 17:19:00 - Patrimoine et culture

La Croix de Camargue près du Pont du Mort, face à l'étang des Launes.


En 1924, le Marquis Folco de Baroncelli demande à son ami Hermann Paul de dessiner, en hommage à sa chère Camargue, une croix symbolisant les vertus théologales : la foi, l’espérance et la charité (Première Epître de saint Paul aux Corinthiens). Ce n’est qu’en 1926 que le projet prit véritablement forme. Selon l’anecdote, l’esquisse originale prévoyait des fleurs de lys en guise de terminaison des branches de la croix. Mais le maréchal-ferrant Gédéon Barbanson, qui forgea la toute première croix avec son fils Joseph dans son atelier de la Place de la Révolution, prit l’heureuse initiative de remplacer les fleurs de lys par des tridents pour lui donner une apparence plus camarguaise et moins monarchique. C’est probablement à cause de ces 3 tridents très évocateurs que la Croix de Camargue est parfois rebaptisée Croix Gardianne ou Croix des gardians.

 

Gédéon Barbanson avec son fils Joseh.

(Photo : collection privée de la famille Barbanson)


La Croix de Camargue possède une forte valeur symbolique. La foi est matérialisée par la croix aux 3 tridents, un cœur central représente la charité et l’espérance est figurée par une ancre, évoquant à la fois les pêcheurs et la barque des Saintes Maries. On retrouve également la référence biblique de l’ancre marine dans l’Epître aux Hébreux « le seul refuge a été de saisir l’espérance qui nous était proposée. Cette espérance, nous la possédons comme une ancre de l’âme, sûre et solide ».

 

La Croix fut inaugurée par le Comité des amis du Marquis de Baroncelli le 7 juillet 1926. Elle aurait été installée sur un terre-plein jouxtant la recette postale à l’endroit où se trouve aujourd’hui le bâtiment du « Grand Large ». De nombreuses personnalités appartenant au monde des lettres, des sciences, de l’art et de la bouvine assistèrent à cet évènement parmi lesquelles le poète Joseph d’Arbaud, Rul d’Elly, Maguy Hugo (petite fille de Victor), Madame de la Garanderie, Fonfonne Guillerme, la famille des éditeurs Aubanel et Hermann Paul (1).


En 1937, la Croix fut transférée à l’entrée ouest du village à proximité du Pont du Mort où elle fut entièrement restaurée à l’initiative d’Hermann Paul. Depuis, elle a été légèrement déplacée de l’autre côté du canal des Launes où elle trône encore dans un paysage emblématique du village des Saintes Maries de la mer. Malheureusement, la croix originelle ayant été dérobée à plusieurs reprises, celle que l’on peut voir aujourd’hui n’est qu’une réplique.


Carte postale du début des années 50.

(Editeur : S.I. Lyon)


 

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 Hermann Paul

Publié 26/04/2011 14:55:00 - Patrimoine et culture

Le concepteur de la Croix de Camargue.


Photographie parue dans la                   Le procès Zola, dessin d'Hermann Paul

"Vie Illustrée" du 26 mai 1899


La période Parisienne.


Hermann-René-Georges Paul , dit Hermann Paul, est né à Paris le 19 décembre 1864. Fils et petit-fils de médecins d'origine provençale, il abandonne rapidement des études scientifiques pour entrer à l'Ecole des Arts Décoratifs de Paris, puis à l’Académie Julian. A partir de 1890 il réalise ses premières lithographies aux côtés de Bonnard, Vuillard et Toulouse-Lautrec.


Très engagé durant l'affaire Dreyfus, celui qu'on surnomme le " Forain de gauche " travaille notamment pour le Figaro, le Sifflet, le Cri de Paris, l’Assiette au Beurre et de très nombreuses revues satiriques. Il développe dans ses dessins deux thématiques qui lui sont chères : la dénonciation des atrocités commises par les colonisateurs et toujours la laideur de la bourgeoisie. Ces idées l'amènent tout naturellement à collaborer à la presse anarchiste et libertaire.


Outre le fait d'avoir illustré de nombreux ouvrages comme Don Quichotte de Cervantès, Carmen de Mérimée, l’Enfer de Dante, les Bestiaires de Montherlant, La Caraco et La bête du Vaccares de Joseph d’Arbaud, les œuvres de François Villon, il édita lui-même plusieurs albums, comme La Vie de Madame Quelconque et La Vie de Monsieur Quelconque, Alphabet pour les grands enfants, Guignol, Le Veau Gras ...

 

Hermann Paul a exercé ses talents de dessinateur dans de nombreuses revues satiriques


Raymond Geiger sut parfaitement résumer le talent singulier d’Hermann Paul dans une étude (1) qu’il lui consacra en 1929 : " [Il] a l'honneur d'être de ces artistes qui ne font rien pour flatter le goût du public, de ce public qui veut toujours être du dernier bateau. Il ne cherche pas à plaire […] Pendant de longues années c'est du dessin qu'il usera pour commenter le spectacle de la comédie humaine. Comment une âme bien née et jeune accepterait-elle sans protester ce qu'elle voit des hommes et de leurs passions ? Emporté par un idéalisme sans faiblesse, il s'attaque à tout ce qui est mesquin, vulgaire et bas. La grossièreté de la foule, la bêtise des corps constitués, le grotesque et l'odieux des petits bourgeois, la vilenie des politiciens, la turpitude des financiers, l'imbécillité des amateurs d'art, la canaillerie des marchands, la bassesse, la cupidité et l'avarice des gens riches, la niaiserie des boutiquiers, l'esprit borné et la férocité des militaires, l'hypocrisie des prêtres, la vanité des mondains, n'ont pas de plus cruel ennemi que lui ".

 

En 1905, il est élu professeur aux Beaux-Arts. Il préside la société des dessinateurs humoristes, dont le siège se trouve à la tour de Villebon, à Meudon dans les Hauts de Seine. C’est dans ce magnifique pavillon de chasse qu’il installa plus tard son atelier sous les toits dans ce qu’il appelait son grenier. Antimilitariste et pacifiste convaincu,  il collabore à « La Guerre Sociale » de Gustave Hervé. Au début du premier conflit mondial, il se rallie à l'idée d'Henri Guilbeaux de lancer un journal pacifiste avant de basculer, comme beaucoup d'autres, dans le camp des bellicistes.

 

C’est probablement après avoir touché à la politique, qui lui inspire finalement une grande répugnance, qu’il décide de passer la fin de sa vie loin de Paris. Après avoir hésité entre différents lieux de séjour, il décide de s’installer aux Saintes Maries de la Mer où il acquiert une maison sise au numéro 6 de la rue Victor Hugo.

La période camarguaise.



A gauche, gravure représentant Falco de Baroncelli triant ses taureaux au Cailar


Son ascendance provençale explique sans doute son attirance pour la Camargue où il vécut le dernier quart de sa vie en compagnie de ses amis Joseph d’Arbaud et Folco de Baroncelli. Sa passion pour la Camargue et la Provence en fit un des meilleurs peintres et illustrateurs de ce pays dont il a cherché à nous révéler l’âme et la magie. Dans une lettre d’hommage (2) adressée à Charles Forot à l’occasion de la mort d’Hermann Paul, Mathieu Varille témoigne de l’admiration qu’il portait à son ami défunt. Dans le passage qui suit, Mathieu Varille dépeint magnifiquement l’attachement d’Hermann Paul à la culture et à la terre de Camargue. 


« Dès son jeune âge, il s’était, comme Goya, intéressé à l’art tauromachique. Il s’honorait de passer pour un véritable aficionado et se passionnait pour la corrida, dont il n’ignorait aucun secret, ce dont il ne se cachait pas de tirer quelque avantage sur le vulgaire […] Mais où il exultait, c’est quand il assistait à une de ces courses de village sur une arène improvisée de Crau ou de Camargue ou à une ferrade […] Il n’était vraiment heureux que dans les manades du Delta, parmi les gardians et la bouvine. Il aimait, en cavalier accompli, galoper de longues heures dans les espaces infinis de la Camargue, au milieu des chevaux sauvages et des taureaux libres de toute entrave. Sa joie était extrême à voir se lever la sauvagine effrayée par sa bête, et tournoyer sur les étangs avant de s’y poser à nouveau […]


A 75 ans il montait encore un cheval de sang, comme un jeune homme et se promenait avec fierté dans son costume de gardian, au pantalon marron, à la petite veste de velours sur une large ceinture noire, et portait gaillardement le large feutre plat des Camarguais, qui ne ressemble à nul autre. Il se trouvait dans son élément, revenu aux pratiques d’une ascendance qu’il maintenait sans souci des intempéries, du mistral et de la tramontane, car il était taillé dans le chêne de ce pays. La simplicité de cette existence, l’exercice de  la liberté et le respect de la personnalité, l’éloignement du médiocre et de la combinaison, tout était pour le séduire […] Au long de ses jours si riches en contacts humains dans les milieux les plus divers, son étude incessante le conduisit de la critique la plus acerbe ou attendrie des humains jusqu’à l’exaltation la plus vibrante de la lumière, dont quelques-uns de ses paysages de Camargue me paraissent l’aboutissement le plus complet ».  


             Gardian                                                   Gitane portant un enfant


En 1937, Hermann Paul avait fondé une association libre des Amis de la Camargue qui regroupait tous ceux qui voulaient sauver son patrimoine, ses traditions et ses paysages. Dans son manifeste il disait : « La Camargue, pays de lumière et de prestiges, véritable réserve de forces mystérieuses, terre sacrée où abordèrent les saintes femmes, terre de gardians et de gitans où errent dans le mirage les chevaux blancs et les noirs taureaux, terre inspiratrice des poètes ». Ainsi il s’attachait à faire revivre les vieilles traditions : grâce à lui, la fête et le feu de joie des pêcheurs, le jour de la Saint Pierre, avaient repris leur place sur le rivage des Saintes. Il avait fait restaurer, à proximité du Pont du Mort, la croix qui se trouvait autrefois devant la mer et dont le piédestal est une belle colonne grecque. Il contribua également à la création du Musée Camarguais (actuellement Musée Baroncelli) dans l’ancienne mairie (3). 

 

Hermann Paul repose aujourd’hui au cimetière des Saintes Maries de la Mer, où il mourut le 23 juin 1940 et son tombeau, œuvre de l’architecte Marcel Bernard, porte, en pleine pierre, la Croix de Camargue qu’il dessina en 1926.



        Autoportrait réalisé en 1920                         La maison où vécut Hermann Paul

 

 (1) : Etude publiée dans le numéro du 15 septembre 1929

        de la revue Arts et Métiers Graphiques.

 

(2) : Mathieu Varille : HERMAN PAUL, peintre – graveur

        1864 – 1940. (Fonds Baroncelli).

 

(3) : D’après un article paru dans l’Eclair du 2 juillet 1940.
 


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 VOVO le magnifique

Publié 18/03/2010 19:10:00 - Patrimoine et culture

En ce temps là, la course camarguaise s’appelait encore la course libre. Un taureau hors du commun allait ouvrir les quarante glorieuses de la bouvino.

 

La fugue de Gyptis


Nous sommes en août 1942, L’abrivado conduite par Henri Aubanel et ses gardians arrive aux portes de Beauvoisin. Les attrapaïres tentent vainement d’écarter les chevaux pour
faire échapper les taureaux. Soudain, un cheval se cabre et provoque un court moment de panique. Lorsque le nuage de poussière  fut dissipé et que les gardians reprirent la situation en mains, ils constatèrent qu’une vache s’était échappée. Quand il s’aperçut qu’il s’agissait de Gyptis, Henri Aubanel dit alors à ses gardians « laissons-la, elle reviendra toute seule à la manade ». Mais Gyptis, fille d’une pure camarguaise nommée Marseillaise, était bien trop éprise de liberté pour regagner le bercail comme un chien affamé. Ainsi, elle vagabonda en solitaire durant plus de six mois dans les marais de Scamandre et des Iscles avant d’aller roder du côté des pâturages du Clamadou où les frères Raynaud élevaient leurs  taureaux. C’est là que la belle étrangère rencontra Prouvenço, l’étalon de la manade locale qui portait le même nom que l’illustre cocardier du Marquis de Baroncelli. De cette union fortuite de la province méditerranéenne avec la déesse  marseillaise ne pouvait naître qu’un taureau d’exception. 


Comme un cadeau de Noël


Gyptis vêla en novembre 1943. Un mois plus tard, le jour de noël, un gardian qui chevauchait dans les pâturages du Clamadou aperçu Gyptis qui léchait son veau. Quelques temps
après, en voyant le veau courir dans les enganes il s’écria, en fin connaisseur : « Bon Diéu, qu’es bèu aquéu pichot ! ». Au terme d’une naissance si peu banale, se posait la question de savoir à qui appartenait le bouvillon destiné à un si brillant avenir. D’ordinaire, ce sont les mâles qui fuguent pour aller chasser en terre étrangère les femelles d’un autre troupeau. Or, dans le cas de Gyptis, c’était la pensionnaire de la manade  Santenco  qui, désertant son territoire habituel, était allé à la rencontre de Prouvenço, le bel étalon, sur le domaine du Clamadou. Selon les us et coutumes en la matière, deux solutions étaient possibles ; tuer le veau ou bien le garder sur les pâturages où il était né. Ce fut finalement une troisième option qui fut choisie et, loyalement, Casimir Raynaud prévint Henri Aubanel qu’une de ses vaches venait de mettre au monde un mâle en ajoutant qu’il pouvait venir le récupérer avec sa mère quand il le voudrait.


Après quelques mois passés chez les Raynaud, Vovo et sa mère Gyptis furent rendus à Aubanel en août 1944 au Cailar, avant de rejoindre leur pâturage traditionnel aux Saintes Maries de la Mer. Mais Vovo garda longtemps la nostalgie du Clamadou et il lui arriva fréquemment de fuguer en traversant le Petit Rhône au Sauvage pour rejoindre le territoire où il était né. C’est CLAN-CLAN, la figure légendaire des Saintes, qui marqua Vovo avec la grasille de la manade Aubanel. En mars 1949, Vovo fut confié à Paul Laurent.  C’est à cette époque qu'il vint prendre pension aux Marquises pour y préparer ses futurs exploits.


La force et la bravoure


Après une jeunesse passablement agitée, à l’âge de deux ans, Vovo,  qui était déjà robuste et vigoureux, fut présenté au public pour la première fois aux  Saintes Maries de la Mer.
L’abrivado fut conduite aux Arènes par Henri Aubanel aidé de la famille Raynaud, Fernand Ferraud et Jean Sol. La grande porte des Arènes n’ayant pas été refermée assez rapidement, Vovo et deux vaches firent demi tour et s’en retournèrent à l’Amarée chez De Montaud. Là, les gardians les reprirent pour les reconduire aux Saintes. Sitôt arrivé dans le village, apercevant un photographe en pleine action, Vovo le chargea et lui fit faire un magnifique vol plané. Ensuite il s’enfuit pour revenir à l’Amarée où, après avoir traversé la manade De Montaud, il se jeta dans le Petit Rhône le traversa et revint chez les Raynaud, au Sauvage, où il resta deux mois. La carrière de Vovo fut courte mais éblouissante au point qu’il devint une véritable légende et la référence pour évaluer les qualités et la bravoure des cocardiers d’exception qui lui ont succédé.


                                                Vovo sur Falomir


Pour illustrer les prestations de Vovo, il suffit de reprendre la narration, faite par Gérard Pont dans son livre consacré à « Goya Seigneur de Camargue », d’une course qui eut lieu à Lunel le 22 avril 1951.


« Sorti du toril comme un boulet de canon, Vovo donna un énorme coup de barrière après le raseteur Dora. Fidani eut droit au sien dans les mêmes conditions, et c’est alors que Garric, ne voulant pas être en reste, eut la malencontreuse idée de défier le taureau. Vovo atteignit les planches en même temps que lui, sauta et bondit sur le malheureux raseteur qui n’avait pas eu le temps de s’enfuir. Fou de rage, il essaya de le transpercer avec ses cornes, mais n’y parvenant pas, il se mit à le piétiner férocement et, comble de la furie, lui arracha un morceau du cuir chevelu à l’aide de ses dents ! Garric ne dut son salut qu’à ses collègues qui le tirèrent par-dessous la barricade. Voyant que son homme en blanc lui échappait, Vovo devint alors fou furieux. Il s’attaqua aux poteaux métalliques qui protégeaient la contre-piste, projetant ici et là des spectateurs qui n’avaient pas eu le temps de fuir. Il n’y eut pas de catastrophe ce jour-là car les cornes du taureau étaient trop courtes et dépointées, mais la panique provoquée par Vovo fut indescriptible. Une heure après cette bataille fantastique, Vovo avait retrouvé tout son calme dans le char qui le ramenait aux prés ; un calme dont il ne se départissait jamais dès lors qu’il retrouvait ses compagnes». 


                                            Vovo sur Fidani


De la gloire à l'oubli, le mythe demeure


Novembre 1959, l’automne est gris et froid comme la Méditerranée toute proche. Il pleut sur la Camargue et Vovo, loin de la manade, qu’il n’a plus la force de  suivre, agonise, seul.
Comme ils sont loin tous ceux qui l’ont tant admiré et qu’il a fait vibrer sur les gradins ensoleillés des arènes de Provence et du Languedoc.Meurtri et brisé dans sa chair et dans ses os, le colosse décharné récolte les fruits amers de sa bravoure. Il va s’éteindre tout près du tombeau du Marquis de Baroncelli, qui mourut  alors que Vovo naissait, comme pour créer une proximité symbolique et boucler, au paradis de la bouvine, l’histoire d’une rencontre qui n’eut jamais  lieu sur terre.


Une descendance prestigieuse


Vovo n’obtint jamais le Biòu d’Or qui fut crée en 1954 alors qu’il était déjà sur le déclin. Mais ce cocardier d’exception n’eut pas besoin de trophées ou de médailles, ni même de
statue, pour célébrer sa gloire et lui réserver une place de choix dans la légende de la bouvine tout comme dans le cœur et la mémoire de tous les afeciouna. Si la carrière de Vovo fut éblouissante, elle fut malheureusement écourtée à cause des nombreuses blessures qu’il dût subir du fait de sa bravoure, mais aussi sous l’effet des coups de crochet des raseteurs maladroits ou effrayés.


Par bonheur, Vovo qui était un taureau entier eut une carrière d’étalon féconde qui produisit notamment plusieurs cocardiers de renom. Citons, parmi les plus célèbres :Tigre    (Biòu d’Or en 1959 et 1960), Pascalon, Ramoneur, santiago, Loustic (Biòu d’Or en 1965, 1966 et 1967) . Par ailleurs, le célébrissime Goya était le fils de Loustic et le petit fils de Vovo.

 



Les attributs de Vovo


Bientôt, dans le cadre de la politique d’affichage des symboles entreprise par la commune des Saintes, une sculpture représentant Vovo sera implantée à proximité des arènes. Si
l'initiative est louable, néanmoins, à l’occasion d’un reportage diffusé sur la chaîne télé Miroir,  le maire des Saintes fit une réponse pour le moins surprenante à une journaliste qui lui demandait, à propos de Vovo, « qu’elle était la légende des taureaux entiers ». A notre grande surprise  Roland Chassain fit la réponse suivante «  toutes les jeunes filles viendront aux Saintes Maries de la Mer, peut être, voir ce qui se passe parce qu’il parait que ça porte bonheur de toucher, on va dire, les testicules de ce taureau ». Tous les raseteurs qui ont affronté Vovo vous auraient dit combien il était difficile et dangereux d’approcher ses attributs cocardiers, quant aux autres, hormis quelques vaches, il est peu probable que quiconque ait pu un jour en apprécier le toucher. Bref, nous veillerons à ce que l’implantation de la sculpture de Vovo ne soit pas  l’occasion pour les naïades  de la plage des arènes de souiller le symbole que représente ce cocardier mythique en transformant la  partie la plus sensible de sa représentation en amulette ou en porte bonheur.

 

 

                    

 

Bibliographie :
Marcel SALEM : A la Gloire de la Bouvino  (ED. de la Capitelle)
Gérard PONT : Goya, Seigneur de Camargue (ED. Camariguo)
La légende des Biòu d’Or (ED Gilles Arnaud)



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 La bombe

Publié 08/02/2010 19:02:00 - Patrimoine et culture

Michel Vauzelle, député de la 16ème circonscription des Bouches du Rhône vient de désamorcer une    « bombe » qui, si elle avait explosé, aurait causé de graves dégâts à nos traditions et à notre esthétique régionale.

Ainsi, fiers gardians, élégantes Arlésiennes, gracieuses Mireilles qui perpétuent  nos traditions, auraient dû se voir  affublés  d’un casque d’équitation en toutes circonstances et notamment à l’occasion des manifestations culturelles ;  Pégoulado,  défilés,  abrivados,  bandido, etc.

Depuis  plusieurs mois l’inquiétude avait gagné les pratiquants d’équitation western, d’équitation d’extérieur,  de Doma Vaquera et d’équitation Camargue à la suite de la proposition de loi n°1368 de Janvier 2009, présentée par  Monsieur le Député Jacques Myard, visant à rendre obligatoire  le port d’un casque protecteur pour les cavaliers  circulant  sur la voie publique.

Suite à l’intervention de Michel Vauzelle, voici la réponse du  Ministère de l’Intérieur publiée au JO du  22 Décembre 2009 : « […] du point de vue de la sécurité routière,  il n'est pas apparu nécessaire de donner suite à la proposition du député Jacques Myard, visant à imposer le port du casque pour les cavaliers sur les voies ouvertes à la circulation publique » .


Nos coutumes et nos traditions sont sauvegardées.


        




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 150 ans de Mireille

Publié 22/03/2009 22:05:00 - Patrimoine et culture

Mireille, poème le plus connu de Frédéric Mistral, est un hymne à l'amour, enchâssé dans une immense fresque de la Provence rurale rhodanienne. C'est le drame de la mésalliance archaïque, la dénonciation de l'injustice sociale portée par une voix aux accents universels, encore imprégnée des utopies révolutionnaires. La jeune fille paiera de sa vie la transgression suprême du monde paysan, la négation de la propriété du sol. Elle tombera frappée par le soleil pour avoir placé l'amour humain au-dessus du rang social et de la fortune.


La Mireille de Mistral, chercheuse, elle aussi d’absolu, ne peut consentir à aimer un autre jeune homme que Vincent, le vannier,  parce que son père, le riche Ramon, refuse, inflexible, ce gendre sans fortune, Mireille, désemparée, s’en va prier les Saintes aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Elle mourra, au pied de l’église forteresse, après avoir été frappée d’insolation pendant sa traversée de la vaste plaine de la Crau. Mort toute symbolique pour cette jeune fille pure, au rêve brisé.

 

La statue de Mireille.

 

En cette année du 150 ème anniversaire de la publication du poème Mireio du grand maître de Maillane, il est bon de rappeler l’histoire de la statue de Mireille que l’on peut admirer sur la Place qui porte son nom.

 

 

 

C’est pour évoquer le souvenir immortel de son héroïne que Mistral décida d’offrir la statue de Mireille à la commune des Saintes. Hélas, il mourut avant de pouvoir réaliser son rêve et ce fut sa veuve qui, fidèle au vœu du poète, la fit placer le 26 septembre 1920 sur la Place Frédéric Mistral qui fut rebaptisée Place Mireille. La statue fut inaugurée par Frédéric Mistral neveu accompagné d’un défilé de cavaliers de la Nacioun Gardiano avec, en croupe, les santenco. 

 

La statue de Mireille a été réalisée par Marius Jean Antonin Mercié. Né à Toulouse, Antonin Mercié a étudié à l'École des Beaux-Arts de Paris où il fut l'élève de François Jouffroy et  d’Alexandre Falguière. En 1868, il remporta le premier grand Prix de Rome avec "Thésée vainqueur du Minotaure".  Ses nombreux bustes, statues et médaillons vaudront à Antonin Mercié une médaille d'Honneur à l'Exposition universelle de 1878 et le Grand Prix à celle de 1889.

 

Le sauvetage de Mireille (1) 


L'histoire foisonne de Grands hommes; d'autres plus discrets la traversent, ne laissant trace de leur héroïsme que dans la mémoire incertaine de quelques contemporains. Julien DURAND est de ceux-là. Qui de nous sait ce que cet homme a fait pour notre terre? Qui en Provence ou en Camargue se souvient encore de lui? Pourtant, durant la deuxième guerre mondiale, Julien Durand a tout simplement sauvé lla statue d'Antonin Mercié.

 
La famille Durand, établie à Nîmes, vénérait la Camargue et se rendait régulièrement au pèlerinage des Saintes-Maries, emmenant avec elle le jeune Julien, qui grandit dans le respect des traditions et de la culture provençale. Durant la deuxième guerre mondiale, Julien, qui exerçait alors le métier de ferrailleur, dut, sous la contrainte, transporter à la fonderie les métaux réquisitionnés par l'armée ennemie.


En 1943, il fut envoyé aux Saintes-Maries où il découvrit avec effroi que la pièce qui allait être fondue n'était autre que la statue de Mireille! La statue déboulonnée fut chargée dans un camion et conduite sous bonne escorte à l'entrepôt  de Nîmes pour y être pesée et dès  le lendemain matin fondue. Mais Julien Durand ne pouvait se résoudre à laisser faire une telle ignominie. Mireille, "la fillette" comme l'appelait Mistral, si douce, si pure, transformée en pièce d'armement, il ne pouvait le supporter!


Sa décision fut prise : il la sauverait envers et contre tous. Il la cacha, et pendant toute la nuit il récupéra du cuivre afin d'atteindre le poids de la statue. Au matin, tremblant que le subterfuge ne soit découvert, il conduisit sa cargaison à la décharge. Le poids correspondait aux métaux qui avaient été pesés la veille, personne ne vérifia ce qui était déversé dans le brasier, et le vieux cuivre fut fondu à la place de Mireille.


Après la guerre, la population des Saintes-Maries se désolait de la perte irréparable de la statue. Quel ne fut pas son étonnement de voir arriver un jour Monsieur Durand qui ramenait Mireille!


Grâce au courage d'un homme et à sa détermination, sur la place du même nom se dresse désormais toujours encore la "Mireille", hommage vibrant à la poésie de Frédéric Mistral et à la Provence toute entière.


(1) D’après un article de P. Aubanel paru dans l’Espero n°6

 

Quelques mots de Vincent à Mireille à propos des vertus saintoises :

 

E vous tambèn, madamisello,
Dieu vous mantèngue urouso e bello!
Mai s'un chin, un lesert, un loup, o'n serpatas,
O touto autro bèsti courrènto,
Vous fai senti sa dent pougnènto ;
Se lou malur vous despoutènto,
Courras, courrès i Santo ! aurés lèu de soûlas,

Et vous aussi, mademoiselle,
Dieu vous maintienne en bonheur et beauté!
Mais si (jamais) un chien, un lézard, un loup, ou un serpent énorme,
Ou toute autre bête errante,
Vous fait sentir sa dent aiguë;
Si le malheur accable vos forces,
Courez , courez aux Saintes ! vous aurez tôt du soulagement. 

Le sculpteur Antonin Mercié a réussi à faire passer la souffrance de Mireille.
Sur une des faces du socle, on peut lire cet extrait du Chant X de Mireille :




Mistral et la nature.


Frédéric Mistral portait un amour intense pour la Nature nourricière et bienfaisante. Cette sensibilité passionnée fait qu’il ne saurait décrire l’amour humain sans y mêler les forces naturelles et les êtres animés ou inanimés. Les exemples abondent dans toute son oeuvre; citons au hasard quelques exemples :

Le poète cherche à faire comprendre par une série de comparaisons l’amour de Mireille et de Vincent:

E lou clar de luno que dono
Sus li boutoun de courbo-dono;
E l’aureto d’estiéu que frusto, a jour fali,
L’auto barbeno dis espigo,
Quand, souto la molo coutigo,
En milo e milo rigo-migo
Se fringouion d’amour coume un sen trefouli


Et le clair de lune qui donne
Sur les boutons de narcisse;
Et la brise d’été qui frôle, au jour tombant,
Les hautes barbes des épis,
Quand, sous le mol chatouillement,
En mille et mille ondulations
Ils se trémoussent d’amour, comme un sein qui palpite;

 

La grande couveuse (Extrait de Calendal, ch. VII).

La grando clusso !... Ah ! la Naturo,
S’escoutavias sa parladuro,
Se la calignavias, en-liogo malamen
De i’ana contro, de si pousso
Dos mousto de la, mai que douço,
Rajarien sèmpre, e dins li brousso
Regoulariè lou mèu pèr voste abalimen...


La grande couveuse !... Ah ! la Nature,
Si vous écoutiez son langage,
Si vous la courtisiez, au lieu de la combattre méchamment, de ses mamelles
Deux flux de lait, souverainement doux,
Jailliraient sans tarir, et dans les brandes
Ruissellerait le miel pour votre nourriture...


 

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 La cabane de gardian

Publié 03/12/2008 14:48:00 - Patrimoine et culture

La Mairie des Saintes Maries de la Mer vient d’entreprendre une procédure pour le rachat d’une cabane de gardian située à l’entrée ouest du village dans le but de la démolir afin d’installer, à la place, des bancs publics et des arbres. Avant que les bulldozers municipaux n’entrent en action pour détruire, encore un peu plus, l’identité camarguaise et la mémoire de notre village, nous vous proposons d’esquisser un bref rappel historique et culturel tout en apportant notre éclairage sur les intentions réelles de la municipalité. Il est bien évident que notre association mettra tout en œuvre pour empêcher la réalisation de ce projet destructeur, onéreux et inutile.


pour illustrer le caractère patrimonial et culturel des cabanes camarguaises nous vous invitons  à visiter le site de Christian Lassure qui propose un travail  remarquablement documenté sur l'évolution de la cabane camarguaise au XXe siècle. Le chapitre consacré aux "cabanes du front de mer" montre bien la magnifique cabane du Pont du Mort  (ou Maure) que la Mairie veut démolir.


(pour accéder au site, cliquez sur l'image ci-contre)




Cabanes de Camargue (1)

 

Jusqu’au début du XXe siècle, la cabane constituait le principal habitat des camarguais de condition modeste. Qu’ils soient pêcheurs, gardians, ouvriers des salins et de l’agriculture, vanniers ou bergers, les habitants du Delta du Rhône, pays au sol sans pierre, utilisèrent les matériaux essentiellement végétaux trouvés sur place pour construire, à peu de frais, leurs demeures.

 

Dans la Camargue préindustrielle, le roseau des marais est utilisé pour la réalisation des murs et de la toiture des cabanes. Correctement posé, il constitue un excellent isolant. Si la cabane est parfaitement adaptée à la nature limoneuse du sol camarguais, elle l’est également aux conditions climatiques du lieu qui se caractérisent notamment par des pluies rares mais très violentes, un fort ensoleillement et des vents puissants. Son abside arrondie tournée au nord offre une résistance minimale au mistral dont la vitesse peut dépasser les 100 km/h. La toiture est composée de deux versants fortement inclinés pour  permettre la bonne stabilité des roseaux et assurer un écoulement correct des eaux de pluie. Les ouvertures, qui parfois se limitent à la porte, sont étroites alors que les murs et une partie de la toiture sont recouverts d’un enduit blanc pour protéger la cabane du soleil.

 

La cabane aux murs de roseaux.

 

La cabane, qui ne comporte aucune fondation, est construite sur un sol de terre battue. Les murs latéraux sont constitués par des piquets verticaux auxquels sont clouées des tiges souples de saules (coundorso) , permettant d’épouser la forme arrondie de l’arrière de la cabane. Sur cette armature, les roseaux sont cousus par petites gerbes de 10 cm de diamètre (manons), au moyen d’un fil végétal ou métallique. Les murs sont le plus souvent recouverts d’un enduit de mortier à base de chaux (cacho-faio) . Le mur pignon et un poteau situé à l’arrière de la cabane supportent la poutre faîtière (arrenié-mestre). La travette, située au fond, dans l’axe de l’abside, traverse la couverture. Son extrémité peut être recouverte d’une corne de taureau ou barrée transversalement d’une pièce de bois pour former une croix en guise de symbole de protection.  Par grand vent, on y noue une corde que l’on fixe à une pierre fichée dans le sol de façon à amarrer la cabane.

 

La cabane mythifiée.

 

A partir du XXe siècle, les camarguais peuvent se procurer des matériaux de construction plus résistants pour un coût abordable. Peu à peu, la tuile mécanique, les briques et le ciment remplacent le roseaux fragile et inflammable. La tuile ne permettant pas aisément de couvrir des formes arrondies, l’abside disparaît et l’orientation n’est plus aussi strictement déterminée par la direction du mistral.

 

Alors que la cabane paraît irrémédiablement condamnée, le mouvement de la Natioun Gardiano créé en 1904, qui vise à maintenir les spécificités locales, les traditions, la langue provençale et à propager la doctrine félibréenne, dessine, sous l’impulsion du Marquis de Baroncelli, l’image mythifiée d’une Camargue sauvage et pittoresque. La cabane y trouve naturellement toute sa place aux côtés des paysages vierges, des flamants roses, des taureaux, des chevaux et des gardians. Ce phénomène, qui remet à l’honneur la cabane laisse dans l’ombre ses habitants ancestraux et devient la « cabane de gardian ». Ainsi, la chaumière camarguaise devenue cabane de gardian représente désormais un des symboles les plus forts de la Camargue.


(1) La description des cabanes de Camargue a été faite à partir d'un texte écrit par Evelyne Duret, publié sur le site "patrimoine de la ville d'Arles"   www.patrimoine.ville-arles.fr 


 

Au tout début des années cinquante, alors que le village des Saintes Maries de la Mer est en pleine reconstruction, le Sénateur Maire Roger Delagnes, conscient du risque de voir disparaître le caractère traditionnel du village, décide de créer, à l’entrée ouest du village, une zone réservée à la seule construction de cabanes camarguaises. Ainsi, entre la mer et l’étang des Launes, la présence de ces cabanes contribue à mieux intégrer le village dans le paysage qui l’entoure tout en soulignant son identité camarguaise qui tend malheureusement à disparaître.

 

Du mobilier urbain en guise de mémoire.

 

Aujourd’hui, les autorités municipales s’apprêtent, sans le moindre état d’âme, à détruire un objet de mémoire et de tradition. N’est-il pas navrant de constater, alors qu’en 1950 malgré l’urgence de la reconstruction les édiles avaient su exercer leur devoir de mémoire, qu’aujourd’hui, dans une Camargue prétendument vouée à l’excellence environnementale et patrimoniale, l’on entreprenne la démolition d’un symbole de notre conscience camarguaise. 




La cabane de gardian qui doit être démolie a été construite en 1951 par des artisans cabaniers.

 

Autres temps, autres soucis et autres moeurs. Ainsi, La commune des Saintes projette de détruire une des premières cabanes camarguaises, construite en 1951, pour aménager « un lieu de mémoire avec des bancs, des arbres et des panneaux expliquant l’histoire, la faune et la flore de Camargue ». Selon le premier magistrat de la commune,  le motif de la destruction de la cabane tiendrait au fait que : « la Croix de Camargue n’est pas visible de la route » . 


 

La cabane est tombée sur le cheval.

 

Pour autant que nous puissions comprendre l’intention, il s’agirait finalement de permettre aux automobilistes de visiter ce lieu de mémoire et de découverte depuis la route. Faut-il préciser que la cabane dont il est question fait partie intégrante dudit lieu de mémoire ? En somme, le Maire des Saintes envisagerait de détruire un lieu de mémoire pour le rendre plus visible ! C’est un peu comme si les égyptiens, au titre du devoir de mémoire,  détruisaient les pyramides au motif qu’elle cachent la vue sur le désert.

 

Comble de l’ironie, cet endroit est baptisé « Crin-Blanc » avec toute la symbolique que représente la cabane de gardian dans le récit de Denys Colomb de Daunant immortalisé par le film d’Albert Lamorisse. Le fougueux cheval, dont une statue, un peu ridicule, semble régler la circulation au carrefour de la Place Mireille ne doit pas regretter de s’être enfui dans l’infini de la mer.




Cette photo prise depuis la route montre bien que la cabane ne gène pas la vue sur la Croix de Camargue.

 

Stationnez, il n’y a plus rien à voir.

 

S’agissant de mémoire, il n’est pas inutile de rappeler le contexte afin d’éclairer la véritable intention qui se cache derrière un prétexte aussi ridicule. En effet, le projet de la municipalité vise, en réalité, à construire à proximité de l’endroit où se trouve la cabane, un méga parking et/ou  une aire de grand rassemblement, à même l’étang des Launes, en détruisant au passage un des lieux et un des paysages les plus emblématiques des Saintes et de la Camargue. Comment le Maire des Saintes peut-il affirmer que « l’objectif n’est pas de construire un parking », alors que le futur PLU de la commune prévoit précisément de construire à proximité de cet endroit une aire de stationnement capable d’accueillir 984 emplacements de caravanes et/ou 1026 places de voitures et 41 places de cars. De fait, la partie de l’étang des Launes qui jouxte les cabanes de gardian serait classée « AULa » ce qui permettrait de réaliser sur ce site fragile et protégé, des constructions afférentes à une aire de grand rassemblement et à un parking. Que restera-t-il alors du lieu de mémoire ainsi que de la faune et de la flore hormis le panneau municipal ?

 

Un « joli projet ».

 

Si l’on ajoute au méga parking le projet d’extension du port, de l’ordre de 500 anneaux, dont on peut supposer qu’il se situerait dans le prolongement de l’actuel Port Gardian, comment pourrait-on croire un seul instant que l’aménagement du Pont du Mort serait motivé par le seul souci de créer un lieu de mémoire et de contemplation de la nature. Il est clair que l’objectif réel vise à réaliser le futur rond point de « Crin-Blanc » avec une bretelle routière qui rejoindra le méga parking en longeant ce qu’il restera des cabanes camarguaises. Ainsi, les automobilistes pourront passer sur le lieu de mémoire, mais il n’y aura plus rien à voir.  Du reste, il  n’est pas improbable que le même type d’opération soit envisagé à partir de la route d’Arles, au travers de l’étang des Petites Launes, pour permettre aux automobilistes de rejoindre le méga parking du côté opposé. Ainsi, au nom de la mémoire, du patrimoine, de la faune et de la flore on aura remplacé la nature par le bitume. « Joli projet ! » pour reprendre l’expression du Maire.




Il y a suffisamment de place autour de la Croix de Camargue pour aménager un esopace dédié à la mémoire et à l'observation de la nature sans qu'il soit nécessaire de détruire la cabane de gardian.

 

Aménagement du bord de mer.

 

Le Maire des Saintes, en démentant formellement la rumeur selon laquelle l’objectif de la commune serait la construction d’un parking, justifie ainsi sa démarche : «  si nous souhaitons récupérer le terrain, c’est dans le cadre de la quatrième tranche d’aménagement du bord de mer ». Voilà qui n’est pas fait pour nous rassurer. En effet, il suffit de voir le « terminal » de la troisième tranche aménagé en aire de stationnement destinée aux camping-cars, pour imaginer ce à quoi nous devons nous attendre pour la quatrième tranche. Pauvres cabanes camarguaises, si seulement elles avaient des roues et un moteur diesel, elles auraient certainement droit à la vénération municipale.




On ne peut pas dire que la municipalité saintoise ait mis à profit la réalisation de la troisième tranche de l'aménagement du bord de mer pour aménager un lieu de mémoire et d'observation de la faune et de la flore camarguaise. Qu'en sera-t-il de la quatrième tranche ?

 

Les travaux d’aménagement du bord de mer étant principalement financés par l’Etat, la Région et le Département, nous allons solliciter ces différents organismes publics afin de connaître leur position au regard du projet de destruction de la cabane du Pont du Mort. En ces temps de crise financière et de raréfaction de l’argent public, le citoyen contribuable a bien le droit de savoir à quoi sert l’argent qu’il verse au titre de l’impôt. Bien que nous ne disposions d’aucun élément officiel relatif au coût de cette opération, nous pouvons estimer que le budget engagé pour le rachat de la cabane, sa démolition et l’aménagement du lieu devrait s’élever, au minimum, à 150000 euros. Et tout ça pour quelques bancs publics. 




Aujourd'hui, ce qu'il y a de plus indigne au regard du devoir de mémoire n'est-il pas l'état pitoyable dans lequel se trouvent les panneaux relatant l'histoire des cabanes de gardian et le sens de la Croix de Camargue ? Pourtant, leur remise en état ne coûterait pas bien cher. Par la même occasion il serait bon de rectifier la date de la mort de Hermann Paul qui est 1940 et non 1950 comme cela est indiqué sur le panneau actuel.



 

Stationnez, il n'y a plus rien à voir !


 


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